Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur… le cinéma d’auteur chinois en 2019

Recensés, listés, critiqués : pour la 4ème année consécutive sur Accreds, retrouvez tous les films d’auteur chinois de l’année, mois par mois.

 Barème de notation : de ⚠ à 🇨🇳🇨🇳🇨🇳🇨🇳

JANVIER

le 9
AN ELEPHANT SITTING STILL de Hu Bo                   🇨🇳🇨🇳🇨🇳

Sortie en salles en France
Précédemment présenté à la Berlinale en 2018, section Forum (Berlin, Allemagne)

lire la critique au sein de l’édition « 2018 » de cet article

le 25
PRESENT.PERFECT de Shengze Zhu

Présenté au IFFR, section Bright Future (Rotterdam, Pays-Bas)

prochainement

le 29
WALKING IN DARKNESS de Tang Tang

Présenté au IFFR, section Bright Future (Rotterdam, Pays-Bas)

prochainement

le 30
UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT de Bi Gan                  🇨🇳🇨🇳🇨🇳🇨🇳

Sortie en salles en France
Précédemment présenté au Festival de Cannes, en Sélection officielle, section Un Certain Regard (France)

Comme dans les autres grandes œuvres récentes sur le double et les doublures que sont Twin Peaks – The Return (David Lynch et Mark Frost, 2017) et Coin-Coin et les Z’inhumains (Bruno Dumont, 2018), tout se dédouble, les corps mais aussi les mots, qui se répètent, et rebondissent. Ici, on parle de chat, on voit des chats, puis des horloges en forme de chats. On parle de pommes, voit des pommes, d’autres pommes, dans l’autre film. Idem pour des armes, des torches. De Lynch, on pense aussi à Mulholland Drive (2001), pour sa structure narrative scindée en deux et déjà en écho, et même plus précisément pour cette idée taquine et tout aussi judicieuse de rendre la partie a priori rêvée plus simple et limpide, et la partie a priori réelle plus tortueuse et déroutante. Et si la seconde éclaire paradoxalement la première, on sait néanmoins dès le premier visionnage qu’il en faudra un second pour pleinement tout comprendre…

lire la critique complète

 

FEVRIER

le 10
FROM TOMORROW ON, I WILL d’Ivan Marković et Wu Linfeng

Présenté à la Berlinale, section Forum (Berlin, Allemagne)

prochainement

le 11
BREATHLESS ANIMALS de Lei Lei

Présenté à la Berlinale, section Forum (Berlin, Allemagne)

prochainement

le 19
WHERE ARE YOU GOING de Zhengfan Yang

Sortie en France en DVD et BluRay
Précédemment présenté à Rotterdam en 2016 (Pays-Bas)

prochainement

le 27
LES ETERNELS de Jia Zhang-ke               🇨🇳🇨🇳🇨🇳

Sortie en salles en France
Précédemment présenté au Festival de Cannes, en Sélection officielle, en Compétition (France)

Il suffit d’avoir vu une poignée de films de gangsters pour supposer passé le premier acte une trahison et l’inexorable chute de la « famille » au cœur du récit. Or, Jia Zhang-ke a comme souvent un coup d’avance, et en fait montre ici en brisant les liens d’une toute autre façon. Mais le plus intéressant, c’est encore qu’il parvient à seconder la désagrégation par sa mise en scène, la rendant de fait d’autant plus sensible. Si la première partie reposait en partie sur des plans-séquences – jusqu’à celui du combat aux poings en pleine rue, possiblement la scène de bagarre filmée en un seul souffle la plus époustouflante depuis celle dans le couloir de OldBoy (Park Chan-Wook, 2004) – la seconde part des Eternels apparaît beaucoup plus découpée. Et au sein de ces plans plus courts et rêches, Jia égrène des symboles de divisions et de séparations. Les mains ne se joignent plus, ou si c’est le cas, c’est avec « la mauvaise main » comme le signale Bin lors d’une scène-clé de leur romance tumultueuse. Les corps, eux, sont désormais tenus à l’écart les uns des autres, par des portes fermées : lorsque Qiao se rend à proximité du barrage des Trois Gorges pour rendre visite à Bin et à leur ami « L’étudiant », les portes vitrées automatiques de l’immeuble ne la repèrent pas et refusent de la laisser passer, puis une fois à l’étage Bin se cachera derrière une porte en bois pour ne pas la voir.

lire la critique complète

 

MARS

le 2
MEILI de Zhou Zhou                      🇨🇳🇨🇳🇨🇳

Présenté au Festival du Cinéma d’Auteur Chinois (Paris, France)

Meili est en colère. La raison, ou plutôt les raisons de sa colère, ne nous sont toutefois pas dévoilées d’emblée. De fait, on salue l’audace et la patience du jeune Zhou Zhou, dont c’est le premier long-métrage, autant que de sa coscénariste et actrice principale Chi Yun, ayant fait ensemble le choix osé d’une forme rétention narrative. Les nombreux plans-séquences, nerveux et serpentins, accentuant encore le sentiment d’être dans les pas d’un jeune femme n’ayant pas le temps de nous rappeler son passé quand elle a déjà tant à faire pour se défaire des affres du présent. De fait, le réalisateur et la scénariste-interprète ne pouvaient qu’en imaginer la conséquence première : difficile pour les spectatrices et spectateurs de comprendre et donc d’aimer leur personnage avant un petit moment… Si Meili n’était qu’irritable, on ne lui en tiendrait pas tellement rigueur, seulement lorsqu’elle s’en prend avec véhémence à une fillette, possiblement la sienne, lui reprochant d’être la source de ses malheurs, difficile d’en revenir. On ne lui pardonnera peut-être jamais complètement cet accès de colère précis, mais le film saura patiemment nous expliquer en quoi son entourage est coupable de l’avoir placée dans cette situation extrême. Inutile de dévoiler ici les tenants des relations qu’entretient Meili avec cette enfant, avec sa sœur, son beau-frère, sa meilleure amie ou sa petite amie, mais l’on peut en revanche louer l’originalité et la complexité qui régissent chacune d’entre elles. Si Zhou Zhou et Chi Yun travaillent un suspense et une lutte contre la fatalité qui oscille narrativement mais pas seulement entre le cinéma des frères Dardenne (Rosetta, 1999, surtout) et celui de Ken Loach (Sweet Sixteen, 2002, surtout), ici le rapport de Meili au beau-frère les redirigent brièvement vers une caractérisation proche de l’héroïne de A Touch of Sin (il faut la voir brandir un couteau comme Zhao Tao chez Jia Zhang-ke en 2013), là son rapport à sa belle-sœur et leur désir de quitter ou non leur patelin pour Shanghai, et de le faire ensemble ou non, les redirigent cette fois plus discrètement vers une double caractérisation proche des amis de Will Hunting (Gus Van Sant, 1998). Ces figures qui l’entourent, on en pardonne certaines et d’autres moins, mais chacune aura contribué à resserrer l’étau autour de notre protagoniste. L’affection ressentie pour Meili, le film, ira dès lors crescendo et de pair avec celle que l’on éprouve pour Meili, le personnage.  Jusqu’à une scène finale marquante où la jeune femme sort du champ, peut-être pour la toute première fois depuis le début du film, nous invitant à tendre l’oreille pour deviner ce que Zhou Zhou et Chi Yun nous disent du devenir de leur personnage qui, quoi qu’il advienne, nous manquera.

le 2
SHe de Zhou Shengwei                      🇨🇳🇨🇳

Présenté au Festival du Cinéma d’Auteur Chinois (Paris, France)

Long-métrage animé en stop-motion, SHe a été rapproché du travail de Jan Švankmajer. C’était inévitable, et impossible de réfuter la filiation, et sans doute idem pour celle établie avec Jiří Trnka par la programmation du Festival du Cinéma d’Auteur Chinois en préambule des projections… faute d’être personnellement familier de ses création, croyez-les sur parole. A ce petit jeu, connexion plus étonnante, notamment parce qu’elle s’ébat dans le spectre du cinéma en prises de vue réelle, on pourra aussi trouver à SHe un faux air de film de Wong Kar-wai, que ce soit pour le filmage en grand angle, les effets de filage ou sa colorimétrie. Sur le fond, moins de poésie, plus de politique cependant. Zhou Shengwei décrit ici une société dystopique imaginaire, et pas qu’un peu puisque les entités qui la peuplent sont des chaussures et, parmi elles, des modèles à talons muselés, exploités et n’ayant pas le droit de travailler. L’univers industriel étrange dans lequel Zhou Shengwei a choisi de raconter son histoire lui permet ainsi de déployer la notion de « masculinité toxique » à l’écran, allégoriquement donc mais aussi littéralement puisque l’arrière-plan seconde le récit avec des usines fumantes et d’autres volutes qui s’échappent cette fois de cigarettes, sans oublier l’alcool coulant à flot. De la masculinité toxique l’on passe ainsi à l’intoxication masculine : après le boulot, les chaussures plates se partagent quelques bouteilles, avant de se partager les parts du gâteau, au détriment des « femmes » s’entend, ici des talons. Malheureusement s’ensuit un troisième acte, plus long et plus répétitif, moins lisible surtout, où se déploient encore et en sous-textes d’autres réflexions sur les mutations, sur le genre, sur le mensonge, etc., sauf que l’on ne sait plus exactement si le discours de SHe nous apparaît dès lors trop complexe ou bien trop simple. Si la seconde option prévaut, la chaussure à talon du début organise alors simplement deux fugues de suite au sein de ce monde autoritaire, puis le film s’achemine vers une conclusion plus satisfaisante, et esthétiquement encore plus séduisante que les séquences vues auparavant, mais sans parvenir pour autant à faire oublier la relative inertie narrative l’ayant précédée.

le 3
THE DAYS 3 de Wei Xiaobo                      🇨🇳🇨🇳🇨🇳

Présenté au Festival du Cinéma d’Auteur Chinois (Paris, France)

Il faudrait avoir  vu les autoportraits The Days 1 et 2 pour contextualiser plus spécifiquement les événements décrits dans The Days 3, volet d’une saga documentaire basée à Changsha, Hunan, et dans lequel le cinéaste et sa compagne attendent cette fois-ci un enfant. Reste que le film existe bien en soi, et qu’en se concentrant pour l’essentiel sur les neuf mois de gestation, Wei Xiaobo a opéré un prélèvement du réel suffisamment attendu et rigoureux pour que les spectatrices et spectateurs ne se sentent pas en manque d’informations. L’une des toutes premières scènes prépare le terrain psychologique sur lequel le couple va dès lors livrer bataille, en marge de moments de détente et de rires qui malheureusement vont progressivement se raréfier : Xie Fang et Wei Xiaobo dînent ensemble dans leur salon, avec l’incommunicabilité en plat de résistance, lorsque la jeune femme craque et lance « Est-ce que tous les couples sont comme nous ? », ce à quoi son mari répond « Ça va, on ne s’attaque pas non plus au couteau ! ». Manifestement, aucune petite voix ne résonne alors dans son esprit pour lui dire quelque chose comme : « Ne jamais se comparer par le bas… ». Aucune chez nous non plus pour réprimer ce jugement porté à l’encontre non pas du documentaire mais de son sujet. Qui plus est, on le fonde sur une analyse socio-comportementale et, pire encore, via le prisme moral du temps présent, soit l’approche analytique la plus viscérale et de fait la plus frêle qui soit. On cherche alors à la réprimer tant elle risque de pousser à parler de soi plutôt que du film, tant elle risque plus généralement de nuire au regard que l’on porte sur le film. Seulement Wei Xiaobo ne fait rien pour nous aider tant il en revient toujours et encore à l’étude de sa propre personne et de ses propres failles, plus encore que de celle de son couple d’ailleurs ; et ce à une minute près, où on le voit donner cours à des étudiants, dont deux d’entre eux préfèrent flirter dans la classe plutôt que de regarder l’extrait d’Une histoire de vent de Joris Ivens qu’il leur montre ; ou à cette autre minute près, qui le voit pester contre une démarche administrative retorse et crier : « J’emmerde le Parti Communiste ! ». Il est dès lors acceptable, ou du reste explicable, d’en venir à porter un jugement sur le comportement de Wei Xiaobo, sachant qu’il a souhaité se livrer sans fard, et plus encore rogner dans sa captation de la vie maritale pour en donner à voir des morceaux soigneusement choisis. Possible alors d’être frappé par l’inertie du protagoniste, de voir à quel point ce contexte familial renouvelé peine à changer sa façon d’être au monde et d’être auprès de sa femme, jusqu’à cette saynète sidérante où le couple dîne sur la terrasse, lui assis sur une chaise large et avec un coussin, elle sur un petit tabouret bien qu’enceinte de huit mois. Mais qu’a-t-il coupé, et que n’a-t-il pas coupé ? Cette interrogation confirme le sentiment que, même si tout prête à s’y laisser aller, il demeure stérile de plaquer son éthique sur les personnages et leurs agissements. Mais qu’en revanche, passer par là permet de se rendre compte que cet espace dans lequel il est possible de galoper tel un chevalier blanc de la morale a été défini et balisé par le sujet du documentaire lui-même. De même que Wei Xiaobo se sert de la première scène post-générique, et de son sujet a priori anecdotique d’une faculté à apprécier ou non un couvre-lit foncé selon que l’on soit chinois ou non, pour mieux évoquer la différenciation des regards chinois ou non sur ce qui suit, le choix des séquences qui lui succèdent, donc, résultent elles aussi de sa réflexion, et cette fois de son désir dès lors conscient de se présenter sous un mauvais jour. C’est ce qui rend The Days 3 si intéressant : non seulement il s’agit d’un documentaire qui ne prend non pas la forme classique du récit d’apprentissage, dans lequel une personne moralement imparfaite apprend de ses erreurs et cherche à devenir quelqu’un de meilleur, le film épouse à l’inverse celle forcément plus rare d’un récit de « non-apprentissage », et le fait de surcroit en autoportrait, monstration personnelle, assumée, possiblement douloureuse mais qu’importe, ne le plaignons pas, d’un échec en construction, mois après mois. En attendant « The Days 4 », bien entendu.

le 3
FOUR SPRINGS de Lu Qingyi                 🇨🇳🇨🇳🇨🇳🇨🇳

Présenté au Festival du Cinéma d’Auteur Chinois (Paris, France)

L’un des premiers plans de Four Springs montre un homme âgé courir en rond, ou plutôt en carré, le long de la coursive reliant les pièces du premier étage de sa maison. Si l’habitation est spacieuse et architecturalement heureuse, l’homme n’en fait pas moins rapidement le tour et réapparaît presque aussitôt dans le cadre. Si bien que l’on aimerait le voir s’en dérober et ressurgir une seconde fois, une troisième, et peut-être même plus. Or, cela n’arrivera pas car Lu Qingyi a coupé hâtivement. Le cut engendre une réaction tout aussi sèche : un regret instantané que ce plan n’ait pas duré, que le documentariste n’ait pas senti le gain de le faire s’étirer. On pense alors à Wang Bing et à sa mise en scène des dédales extérieurs de l’hôpital psychiatrique de A la folie (2013), et à son don presque inexplicable et assurément inégalable pour tenir un plan et l’arrêter pile au moment. Puis Four Springs continue, et l’on comprend en une poignée de saynètes que l’on avait tout faux. La raison pour laquelle Lu Qingyi n’a pas prolongé ce beau plan comme Wang Bing l’aurait fait, c’est simplement parce qu’il ne fait pas du Wang Bing. La suite de Four Springs est possiblement ce que l’on a vu de plus proche de la première heure de The Tree of Life depuis sa découverte, et pourtant des ersatz, on en aura vus, et souvent subis. Terrence Malick est plus pillé que jamais depuis 2011, mais personne n’a su reproduire avec autant d’inspiration et de naturel la douceur de son tourbillon, la tendresse de sa bourrasque d’images – personnage si ce n’est RaMell Ross l’an passé avec son magnifique Hale County  This Morning This Evening, et maintenant Lu Qingyi avec Four Springs. C’est un travail à huit mains qui aura permis l’assemblage de ce documentaire très personnel, puisque Lu Qingyi y filme ses parents à la retraite, quatre années durant et plus exactement quatre « Fête du Printemps » de suite (soit le nom donné au moment de partage qu’est la célébration du Nouvel An chinois). Mais quatre « de suite », c’est à une exception près : quelques minutes filmées au mois d’octobre lorsque la mort frappe la famille du documentariste et fait dérailler la rengaine filmique qu’il avait joyeusement imposé aux siens. La parenthèse est brève, pudique et bouleversante, forcément. Il reste alors encore deux nouvelles années à « fêter », et les guillemets s’invitent sans mal. Seulement, que ce soit précédemment pour traduire l’intensité d’une vie pleine et menée à vive allure par ce couple aimant qui semble ne jamais se reposer, ou bien pour montrer l’impact de la tragédie sur leur quotidien, et une capacité fragile mais prégnante à « continuer » malgré tout, Lu Qingyi conserve inlassablement son précieux montage court, qui ne montre pas tout mais montre tant.

AVRIL

MAI

le ??
THE WILD GOOSE LAKE de Diao Yi’nan

Présenté au festival de Cannes, en Compétition (Cannes, France)

prochainement

le ??
SUMMER OF CHANGSHA de Zu Feng

Présenté au festival de Cannes, section Un Certain Regard (Cannes, France)

prochainement

le ??
DWELLING IN THE FUCHUN MOUNTAINS de Gu Xiaogang

Présenté au festival de Cannes, section Semaine de la critique (Cannes, France)

prochainement

le 20
TO LIVE TO SING de Johnny Ma

Présenté au festival de Cannes, section Quinzaine des réalisateurs (Cannes, France)

prochainement

 

 

Retrouvez ici l’édition « 2018 » de cet article.
Ici 2017, et là 2016.