La chasse aux trésors du 2ème FESTIVAL DU CINEMA D’AUTEUR CHINOIS

Les sorties sur nos écrans en ce début d’année des films de Bi Gan, Hu Bo et Jia Zhang-ke auront témoigné de la vivacité du cinéma d’auteur chinois actuel. En creux, elles rappellent aussi qu’une part substantielle de cette production grandissante nous reste invisible. C’est là qu’intervient ce complément précieux qu’est le Festival du Cinéma d’Auteur Chinois. Début mars se tient à Paris sa deuxième édition, ou l’occasion immanquable de découvrir des courts et longs, docus et fictions, tous encore inédits en France à ce jour, et parmi lesquels le rohmerien 3 aventures de Brooke, l’ovni animé SHe, ou encore les (auto-)portraits documentaires The Days 3 et Four Springs.

L’an passé, dans notre article annuel consacré au cinéma d’auteur chinois contemporain, nous vous informions de la naissance d’un festival parisien consacré à des films répondant précisément à la définition de cet article. Il ne durait qu’un week-end et se déroulait dans une salle quand, pour sa seconde édition, heureuse évolution, il s’étale sur dix jours et en investit deux : le Studio des Ursulines et le Mac Mahon.

La première manifestation avait permis de découvrir avant sa sortie salles Les anges portent du blanc de Vivian Qu, les nouveaux films des réalisateurs de Winter Vacation et de My Land, ou encore Free & Easy de Jun Geng et Where are you going de Zhengfan Yang, tous deux distribués par la suite via un nouvel éditeur vidéo très inspiré, Spectrum Films.
Il est flatteur pour un festival de voir ses projections inédites connaître une seconde vie en salles ou même en vidéo, et tout autant d’avoir été l’unique occasion de découvrir certains films sur le territoire, et c’est bien ce dont peut se targuer l’association Allers-Retours avec ce festival émergent, mais aux contours déjà bien définis et aux atours séduisants.

De fait, pour cette nouvelle édition, on se réjouit de pouvoir découvrir des films frais, sélectionnés avec soin, mais dont on ne saurait encore jauger l’aura exacte à date. Parmi eux…
Meili de Zhou Zhou, un premier film dont on ne tarit pas d’éloge, en particulier sur la performance de la comédienne Chi Yun, aussi coscénariste du film. Tiendrait-on déjà le Girls always happy (Yang MingMing, 2018) de 2019 ?; The Widowed Witch, primé à Rotterdam l’an passé, avec lequel Cai Shangjie travaille la frontière entre le drame et le fantastique, à la frontière entre la Chine et la Sibérie; mais aussi les documentaires à la première personne Four Springs et The Days 3, respectivement réalisés par Lu Qingyi et Wei Xiaobo, mais qui invitent néanmoins d’autres « personnes » à l’écran : le premier se fait ainsi aussi portrait des parents à la retraite de Lu Qingyi, filmés pendant quatre Fête du Printemps consécutives, le second est en réalité le troisième volet d’une saga introspective où le cinéaste se filme avec son épouse Xie Fang. Dans ce troisième épisode, qui lui aussi s’étire sur quatre année, le couple accueille l’arrivée de leur premier enfant.

Le festival alloue aussi deux places à des films certes déjà montrés en France à l’automne dernier, mais tous deux immanquables, n’étant rien de moins pour chacun que le film chinois de leurs manifestations respectives : le premier est l’adorable 3 aventures de Brooke, film léger, solaire, qui rappelle tour à tour Rohmer, Hong Sang-soo ou Kôji Fukada, et qui était reparti des Trois Continents de Nantes avec la Montgolfière d’argent ; le second est SHe, un film d’animation extrêmement singulier de Zhou Shengwei, qui détonne dans la sélection et qui détonnait même déjà à l’Etrange Festival en septembre dernier : l’histoire d’une chaussure à talon qui se fait passer pour un mocassin afin d’obtenir un travail à l’usine locale et nourrir sa famille.
Le festival propose en complément de programme un documentaire d’un quart d’heure sur le travail minutieux de Zhou Shengwei qui, à la manière d’un Youri Norstein, et dans le style visuel d’un Jan Švankmajer, a travaillé six années en solo à la confection de son œuvre.

A noter qu’il ne s’agit pas du seul programme court du festival puisque de nombreux courts-métrages sont projetés cette année encore : notamment A Gentle Night de Qiu Yang, Palme d’or du Festival de Cannes dans sa catégorie en 2017, Man in the well de Hu Bo, le regretté réalisateur d’An Elephant Sitting Still ou encore I’ve got a little problem de Zhang Ximing, sur un autre artiste qui s’est donné la mort il y a quelques années, Ren Hang. Le photographe culte est en parallèle à l’honneur à la Maison européenne de la photographie à partir du 6 mars.

Le 2ème Festival du Cinéma d’Auteur Chinois se déroule à Paris du 1er au 10 mars 2019