KOALI & RICE, une recette incomplète ? YESIR !

Ce premier film produit par Jia Zhang-ke et réalisé par un certain Yesir apparaît certes maîtrisé mais demeure terriblement frustrant tant il s’évertue à ne jamais achever ce qu’il entreprend. On l’espère successivement éco-thriller, feel-good movie musical, drame fantastique, romance… il n’en est jamais rien ! Reste une fabuleuse actrice : Gua Ah-leh.

Produit par Jia Zhang-ke, ce premier film du dénommé Yesir n’a toutefois pas les atours peu engageants d’une banale réalisation de « Yes-man ». Sans être non plus animé par un regard unique, le jeune cinéaste fukiénois possède néanmoins sa petite musique personnelle. Tant mieux. Malheureusement, elle s’exprime notamment lors de moments chantés, assurément détonnants, mais autant qu’ils sont mièvres. Ces passages isolés et de fait hors du temps s’avèrent aussi l’être sur le fond puisque teintés d’une nostalgie et d’un passéisme peu subtil ; cela devient proprement irritant lorsque Yesir ne se contente plus de faire regarder ses personnages âgés vers le passé mais les invite à dénigrer ostensiblement le présent : on peste contre son petit-fils parce qu’il est « tout le temps sur sa tablette », on appelle ses fils en se faisant passer pour malade et chacun trouve une excuse professionnelle pour ne pas avoir à rendre visite à sa mère, on se fait rejeter d’un groupe de percussions uniquement à cause de son grand âge mais, heureusement, lorsque l’on se retrouve en tandem entre aïeux au milieu d’un champ, on pédale pour arroser les plantes comme on le faisant jadis, et là, tout va mieux.

Si le film cherche ainsi à discourir sur les heurts intergénérationnels, c’est parce qu’il s’attache à une grand-mère esseulée, Xiumei (la grande actrice taïwanaise Gua Ah-leh), et qui le devient plus encore quand sa meilleure amie meurt subitement. Elle échoue donc à tisser des liens puis, lorsqu’elle trouve enfin quelqu’un faisant preuve de tendresse à son égard, elle l’éconduit par peur du qu’en-dira-t-on. En l’occurrence, il s’agît d’un prétendant dont la grande bienveillance va de pair avec son âge… bien évidemment. Qu’il soit fait de hauts ou de bas, le quotidien doux-amer de Xiumei n’est pas conté sans imagination, ni même sans allant, et l’on pourrait même concevoir de pardonner l’âgisme latent non pas seulement des personnages mais du film, seulement l’autre motif de déception provient de ce que Koali & Rice semble un temps être mais n’est finalement jamais. Cet espoir d’un « autre » film connaît son paroxysme au terme du premier acte, du premier tiers, précisément lorsqu’il devrait prendre son envol, donc. A cet instant, on suppose que Yesir va progressivement diriger le film sur le terrain de l’éco-thriller. Quand Xiumei et sa meilleure amie tombent malades, après avoir été au contact des récoltes d’une serre voisine, il n’en faut pas plus pour attendre des mouvements suivants du récit un relief politique, avec un suspense à l’avenant. Aussi imparfait soit-il, on pense d’ailleurs à Dead Pigs de Cathy Yan (2018), la future réalisatrice du blockbuster DC Comics Birds of Prey. Seulement Koali & Rice restera fidèle à son titre, celui d’une recette de grand-mère simple et relativement nourrissante, n’osant jamais dépasser la chronique rurale avec un propos écolo perçant seulement en filigrane. Certes, comme dit plus haut, Yesir a d’autres sujets à traiter de toute façon mais, là aussi, la balance ne penche jamais in fine du bon côté non plus, la faute à un refus systématique de clore les sous-intrigues de façon satisfaisante : le réalisateur reste à la surface de la question pourtant abordée et presque de façon surnaturelle du rapport à l’au-delà ; il opte pour l’amertume quant à l’évolution de l’éveil musical de Xiumei (tant pis pour l’éventuel aspect feel good movie !) ; et enfin il omet tout bonnement de conclure sa romance…

KOALI & RICE (Fan Shu Jiao Mi, Chine, 2018), un film de YESIR, avec Gua Ah-leh, Yang Kuei-mei, Ban Tieh-hsiang… Durée : 107 min. Sortie en France non déterminée.