CANNES 2023 : tous les films (que l’on a vus)

De la Compétition à l’ACID en passant par tout ce qu’il y a entre, aperçu régulièrement mis à jour des films vus à Cannes mais auxquels nous n’avons pas consacré de longues chroniques. Nouvelle entrée : un impressionnant premier film chilien au Certain Regard.

LOS COLONOS de Felipe Galvez (Un Certain Regard) : Los colonos agrège tout d’abord des références hétérogènes qui font sens au vu de son cadre et de son sujet – la spoliation par quelques-uns, au début du XXe siècle, des vastes terres du Sud du Chili nettoyées au passage de leurs populations indigènes, dans ce qui constitua un génocide. Le film évoque tantôt Godland (les terres hostiles à l’extrême sud du globe plutôt qu’à son extrême nord), tantôt les westerns de Sergio Leone (la musique est clairement d’inspiration morriconienne), avant de tracer sa propre route à coups de grands blocs de scènes, tels des actes de théâtre, qui nous emmènent dans des contrées aussi hostiles et inattendues que celles arpentées géographiquement par les personnages. Los colonos se laisse parfois aller à en faire un peu trop – dans son traitement du sexe surtout –, mais sa radicalité narrative et formelle est presque toujours couronnée de succès, dans son accompagnement d’êtres antipathiques, l’audace de ses ellipses – un saut de sept ans en avant qui s’accompagne d’un changement complet de cadre – et ruptures de ton, et la portée de son propos politique corrosif sur les fondations du Chili moderne (applicable à bien d’autres contextes). Le résultat est franchement impressionnant de maîtrise, d’ambition et d’assurance pour un premier long-métrage.

LEVANTE de Lillah Halla (Semaine de la Critique) : Sofia, une adolescente brésilienne, apprend qu’elle est enceinte. Aux forces nombreuses voulant faire de sa vie un enfer parce qu’elle ose vouloir avorter (chose interdite au Brésil), qui se personnifient en une infirmière ayant abusé de la confiance de Sofia pour récupérer son dossier médical et ses informations personnelles, le premier long-métrage de Lillah Halla oppose tout ce qui fait la force de l’équipe de volleyball à laquelle appartient la jeune fille. Mentalité frondeuse, pensée queer joyeusement positive et libérée, et surtout esprit d’équipe qui ne se dément jamais, sur les terrains comme en dehors, dans une application des valeurs du sport aux difficultés de la vie singulièrement bien vue. Porté par une énergie de jeu et de mise en scène qui emporte tout sur son passage dès les premiers instants et ne faiblira pas jusqu’au bout, Levante complète de manière galvanisante et affirmée un beau triptyque de films au féminin proposé cette année par la Semaine de la Critique, avec Tiger Stripes et Le ravissement.

LINDA VEUT DU POULET ! de Chiara Malta & Sébastien Laudenbach (ACID) : Éternel parent pauvre des sélections cannoises, le cinéma d’animation est représenté à l’ACID par ce film qui nous cueille à froid à la manière de Là-haut dès son générique d’ouverture, puis prend le contrepied de cette tristesse en démarrant sur les chapeaux de roue, en compagnie de Linda, ses amies et sa mère. La succession de quiproquos servant de carburant à ce premier segment du récit, qui mène à la requête exigeante du titre, est inspirée et savoureuse. La suite du film appliquera sans discontinuer le même dispositif (chaque action aboutit à l’inverse de l’objectif voulu), ce qui le rend quelque peu lassant et unidimensionnel – surtout que tous les ressorts narratifs qu’active le film pour nourrir sa progression ne se valent pas. L’équilibre admirable trouvé dans la première partie, entre le pur comique burlesque et le maintien d’un certain réalisme dans la caractérisation des personnages et des péripéties, se perd également en route. Linda veut du poulet ! reste néanmoins plaisant à suivre jusqu’au bout, ne serait-ce que pour ses choix graphiques et son rendu visuel uniques en leur genre et splendides. Semblant avoir porté leur choix sur toutes les couleurs dont les autres ne veulent pas, Malta et Laudenbach (qui avait présenté seul à l’ACID le déjà superbe La jeune fille sans mains) les disposent et les assemblent selon des logiques étonnantes – l’association d’une couleur à chaque personnage, le rendu des scènes dans l’obscurité – et toujours couronnées de succès.

UN HIVER A YANJI de Anthony Chen (Un Certain Regard) : Trois solitudes se croisent le temps de quelques jours arrachés au cours machinal de leurs vies dans la ville de Yanji, à la frontière de la Chine avec la Corée du Nord. La délicatesse avec laquelle Anthony Chen (Caméra d’Or en 2009 avec Ilo Ilo, et lui-même un étranger dans ces contrées puisqu’il est originaire de Singapour) les suit évoque le cinéma de Cameron Crowe – Vanilla sky, Nouveau départ. On retrouve la même manière de faire de la caméra un compagnon de voyage sensible, un ami sincère, à qui les personnages peuvent confier leurs peines et leurs secrets en sachant qu’ils seront bien traités. Chen ne craint pas de se concentrer sur des sentiments simples, universels, exprimés de manière directe, à cœur ouvert et à fleur de peau. Malgré l’intensité de certaines douleurs (pensées suicidaires, angoisse de l’échec, sentiment d’inutilité), la narration et la mise en scène sont épurées, presque évanescentes, sans coups d’éclat mélodramatiques. Là aussi comme chez Crowe, cela n’empêche pas une réelle recherche formelle, qui se manifeste dans des plans superbes et bouleversants en toute simplicité : un plan large, à l’intérieur d’un car, qui réunit pour la première fois dans le cadre deux inconnus appelés à se rapprocher ; une séquence de boîte de nuit remarquablement tournée ; une étreinte silencieuse à travers un rideau de douche.

PORTRAITS FANTÔMES de Kleber Mendonça Filho (Séance spéciale) : Le fil tissé par le réalisateur des Bruits de Recife et Aquarius dans ce documentaire protéiforme (images d’archives, extraits de films, scènes tournées pour l’occasion) est ténu mais touchant. Il nous emmène dans une balade à travers les lieux de Recife où il a fait son cinéma – son appartement – et où il a construit sa culture cinématographique – les nombreuses salles du centre-ville -, balade flegmatique mais hautement mélancolique car la plupart de ces lieux ont été au mieux altérés, au pire effacés par le temps. La plupart des cinémas ont été revendus, détruits, ou transformés en églises, et il n’en reste qu’un (le Saõ Luis, auquel le cinéaste rend un hommage ému et appuyé) qui soit encore une église séculaire où l’on pratique le visionnage de films. Face à ce constat d’un évanouissement sans retour, Mendonça Filho capte autant de signes indirects du cinéma que possible – photos de marquises, anecdotes de projectionnistes, rebuts d’archives de sociétés de distribution. Il met ainsi un point d’honneur à préserver les fantômes du cinéma, tout en se montrant apte à en fabriquer de nouveaux dans des saynètes malicieuses et imprévues. Si Portraits fantômes a toute sa place à Cannes, lieu de célébration par excellence du cinéma, sa présence sera autrement plus nécessaire en tournée à travers tous les endroits d’où le cinéma disparaît peu à peu.

LOST COUNTRY de Vladimir Perisic (Semaine de la Critique) : À 15 ans, Stefan est encore très attaché à sa mère avec laquelle il vit seul, tout en étant sensible au climat insurrectionnel qui règne dans Belgrade suite au refus du parti au pouvoir de reconnaître sa défaite lors d’élections municipales. Problème : la mère de Stefan est la porte-parole du dit parti, visage omniprésent dans les médias (lui-même finit par la voir plus souvent à la télévision qu’à la maison) de l’ordre répressif contre lequel ses copains de classe manifestent. L’adolescent n’est pas équipé pour faire face à cet écartèlement entre deux attachements, familial et collectif, qui va en s’aggravant car la posture de plus en plus brutale et inflexible du gouvernement rend impossible toute position nuancée. Vladimir Perisic associe sensibilité et savoir-faire pour mener ce récit tragique (voir la très belle scène d’ouverture, qui prend joliment son temps), qui tire malheureusement à la ligne dans sa seconde moitié, manquant de matière dans l’attente de son dénouement. Lost country vaut dès lors essentiellement pour les échos glaçants car puissants entre sa situation éloignée (la Yougoslavie en 1996) et la France de 2023 : majorité bafouée, votes empêchés, manifestations spontanées et casserolades auxquelles répondent les violences policières et les mensonges éhontés. Sous cet angle, la performance déjà excellente en soi de l’actrice Jasna Duricic dans le rôle de la mère se double du sentiment troublant de voir un biopic au féminin de Gérald Darmanin.

PROJECT SILENCE de Kim Tae-Gon (Séance de minuit) : Le film fantastique venu de Corée et présenté en séance de minuit de cette année (puisque c’est quasiment devenu une case en soi) s’acquitte de sa tâche de manière honnête. Progression sans saute de rythme, effets spéciaux convaincants, mise en scène efficace – le carambolage géant sur un immense pont suspendu qui lance les hostilités avec brio donne le ton. Pour se relancer sans cesse sans se répéter, Project silence tire parti des bonnes idées qu’il a su reprendre de The Host : la combinaison de plusieurs menaces, des chimères animales créées par l’homme (quelques semaines après Les gardiens de la galaxie 3, cela fait un second blockbuster contenant un message antispéciste net), un environnement hostile, et un pouvoir mal intentionné envers ses citoyens (le réel cauchemar auquel sont confrontés les coréens), permet de multiplier les combinaisons et les variations pour tenir sans caler une heure et demie d’action bien menée.

SLEEP de Jason Yu (Semaine de la Critique) : La vie d’un couple attendant la naissance de son premier enfant bascule dans la terreur lorsque le mari est soudain pris de violentes crises de somnambulisme – ou bien son mal ne trouverait-il pas sa source dans quelque chose de plus irrationnel et horrifique ? Pour son premier long-métrage, le coréen Jason Yu marche dans les pas de Rosemary’s baby, avec redistribution des cartes et des traumas entre mari, femme et voisins. Mais l’ambiguïté est une ligne de crête dont il est aisé de tomber, et cela arrive plus d’une fois à Sleep, à force de multiplier les va-et-vient entre les explications plus ou moins cartésiennes et de faire faire du yo-yo à la relation de couple de ses protagonistes. On attend plus le rebondissement suivant que l’on ne ressent un réel trouble angoissant, d’autant plus que le minimalisme du quasi huis clos dans lequel le film reste enfermé s’étend au script, qui tourne en boucle sur un petit nombre d’idées. Les scènes marquantes du récit étant principalement concentrées dans son introduction (la rapide dégradation de l’état du mari) et son dénouement (fouillis narrativement mais dont les choix visuels fonctionnent), Sleep s’insère dans la catégorie des moyens-métrages étirés pour entrer dans la catégorie supérieure.

RIDDLE OF FIRE de Weston Razooli (Quinzaine des Cinéastes) : La déception causée par Riddle of fire est à la hauteur du plaisir pris devant sa première demi-heure. Imaginez trois gamins menant à bien une opération façon Metal Gear Solid pour voler dans un entrepôt une console de jeu vidéo dernier cri ; puis qui, une fois la console branchée sur la télévision, découvrent la présence d’un mot de passe (instauré par leur mère) qui va faire du monde un lieu de quête de jeu vidéo. C’est réjouissant à suivre, jusqu’à ce que Razooli fasse entrer dans le récit une bande d’adultes beaucoup moins intéressants. C’est le premier d’une série de tournants scénaristiques qui visent à nourrir le récit d’aventure picaresque mais qui en réalité le desservent par leur caractère forcé, illogique ou gratuit. Le film s’embarque de plus dans un grand écart entre le fantastique, nourri d’excentricités et même de magie, et un réalisme très terre-à-terre, dans certains dangers et épreuves auquel sont exposés les enfants ; et il tombe dans l’espace entre les deux sans parvenir à les concilier, malgré le capital sympathie que conservent jusqu’au bout les jeunes interprètes ainsi que le filmage en 16mm.

ONLY THE RIVER FLOWS de Wei Shujun (Un Certain Regard) : Cette enquête sur une série de meurtres confiée à un inspecteur perdant peu à peu pied emprunte lourdement à Seven (l’année 1995, la pluie incessante) et Memories of murder – la grisaille des lieux et des vies, le déficient mental comme suspect trop évident, les pistes qui finissent en cul-de-sac les unes après les autres. Si l’aspect esthétique, bien qu’apprêté, reste efficace du début à la fin, la déviation, après une première heure sobre, du récit policier vers quelque chose de plus cryptique puis franchement illisible tire l’intérêt du film vers le bas. Tandis que l’enquête part en zigzags, les angoisses et soucis intimes du personnage principal prennent une place conséquente, ouvrant en grand – et plusieurs scènes appuient nettement dans cette direction – l’hypothèse d’une chute dans une folie hallucinée ; mais Only the river flows nous laisse en plan à cette croisée des chemins, sans choisir entre ses différentes voies (l’impuissance des policiers, la difficulté à préserver sa vie privée, la maladie mentale qui menace tous les hommes), les laissant toutes frustrantes et déjà mieux vues ailleurs.

LES HERBES SÈCHES de Nuri Bilge Ceylan (Compétition) : Un enseignant d’Istanbul aux idéaux progressistes affirmés se heurte à la réalité du travail auquel il se voit assigné dans une région reculée de la Turquie ; et tout ce qui ne va pas dans le sens de sa vision bornée et de sa haute opinion de lui-même est nécessairement et intégralement la faute de la réalité – il le dit lui-même dans le dernier de ses nombreux et longs soliloques, déclamés seul ou à plusieurs, remplis d’aphorismes, de citations savantes et de grandes phrases creuses. Après la parenthèse lumineuse du Poirier sauvage, Nuri Bilge Ceylan revient à la neige de Winter sleep, laquelle joue ici le premier rôle par sa capacité à recouvrir et éteindre toute vie. Retranchés à l’intérieur, chez eux ou au travail, les personnages tuent le temps du long hiver qui mord sur le printemps en refaisant le monde tel qu’ils voudraient qu’il soit et en se désolant de celui tel qu’il est – ou, plus prosaïquement, en cassant du sucre sur le dos de leurs semblables et en épiloguant sur des rumeurs et des généralités. C’est très loin des œuvres passionnantes que le cinéaste a pu écrire et mettre en scène, d’une part à cause du manque cette fois d’une intrigue dramatique servant de colonne vertébrale aux conversations (Les herbes sèches va et vient de façon bancale entre deux récits qui ne dépassent pas la trivialité de leurs arguments, la jalousie au sein d’un trio amoureux et une escalade de calomnies entre professeurs et élèves), et d’autre part en raison de la profonde antipathie que produit le protagoniste. Il méprise et déteste tout le monde, et il leur fait porter l’entière responsabilité de ce mépris et cette détestation. Tout un programme de misanthropie toxique.

VINCENT DOIT MOURIR de Stéphan Castang (Semaine de la Critique) : Vincent (Karim Leklou), à la vie sans histoires, se fait soudain agresser par un collègue de travail puis un autre, qui de plus ne se souviennent de rien une fois l’incident passé. Comprenant que l’élément déclencheur est le croisement de son regard avec celui d’autrui, Vincent abandonne tout dans l’espoir qu’une existence de plus en plus recluse lui permette de survivre en paix. Il n’en sera évidemment rien, mais le contenu du film ne se trouve pas pour autant enrichi par l’accumulation de ces scènes de violence brusque et arbitraire, qui impressionnent au début (les toutes premières attaques, sur les lieux de vie et de travail) puis de moins en moins. L’intérêt généré par le récit se délite progressivement, car ce dernier ne développe rien ou presque sur la base de son excitante idée de départ. Les personnages (en particulier le rôle féminin incarné par Vimala Pons) restent creux malgré les traumatismes qu’ils endurent ; les pistes narratives demeurent en friche, qu’il s’agisse des mutations du mal – qui se résument à des deus ex machina rudimentaires – ou de la tentative d’organisation des agressés ; aucune vision ou allégorie du monde n’est élaborée, à l’exception d’une réplique succincte « notre société est de plus en plus violente ». Ni très bien écrit, ni très bien joué, Vincent doit mourir fait l’effet d’un pétard mouillé.

THE SWEET EAST de Sean Price Williams (Quinzaine des Cinéastes) : Le directeur de la photographie Sean Price Williams, collaborateur régulier des frères Safdie et d’Alex Ross Perry, signe un long-métrage en forme de conte stoner / psychédélique bien que sans drogue à l’horizon, sur les pas d’une adolescente déjà désillusionnée de tout, qui utilise les hommes qui croient pouvoir la posséder afin de passer d’un monde américain à un autre. L’idée est belle, la mise en pratique un peu moins – chaque segment étant malheureusement un peu moins solide et emballant que le précédent. Mais le film a visiblement conscience de son impossibilité (ou absence de volonté suffisamment solide) à aller quelque part, comme le montre son épilogue abruptement et délibérément déceptif après avoir agité sous nos yeux une farandole de stéréotypes excessifs (néo-nazis, artistes hystériques, apprentis terroristes…). The Sweet East ne se fiche pas pour autant de nous, au contraire : il fait beaucoup de choses très bien, avec autant d’application que d’inspiration – son casting (dont un Simon Rex excellent en contre-emploi total par rapport à Red Rocket), ses dialogues, son tempo comique. Et in extremis, il exprime un beau message doux-amer : que la liberté, c’est peut-être de ne trouver sa place nulle part.

INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINÉE de James Mangold (Hors Compétition) : Le (très) long prologue de ce cinquième Indiana Jones est un cas d’école du mal que peut faire le tout numérique au divertissement hollywoodien. En permettant tout – acteurs rajeunis, multiplication à l’infini des ennemis, moyens de transport et péripéties -, il rend tout identique (la fin de la séquence ressemble aux derniers Star Wars ; plus loin on se croira dans Pirates des Caraïbes lors d’une plongée sous-marine), lisse et sans aspérités ni vie. Par la suite, ces caractéristiques s’appliqueront au scénario, vidé de tout – enjeux individuels (l’âge du héros n’est jamais un sujet, et rarement un script aura autant traité par-dessus la jambe la perte d’un fils par un père), thématiques générales (le retour des nazis n’est qu’un gimmick, ce qui ressemble aujourd’hui à une occasion manquée), patte du réalisateur (les personnages, réussite de Mangold dans ses blockbusters Logan ou Le Mans 66, sont transparents au possible), et même la magie ou l’emphase propres au genre fantastique. Le film est finalement aussi étriqué que le triste décor du tombeau d’Archimède que les personnages finissent par trouver, au bout d’une aventure qui n’en mérite pas le nom tant tout y est téléphoné, facile, mal écrit. On assiste plutôt à un amalgame entre une attraction Disneyland (l’assurance de revenir au point de départ sans que rien n’ait réellement eu lieu d’autre qu’un simulacre de frisson ; même l’énormité du dernier acte du film ne fait pas de vagues) et sa file d’attente – à intervalles réguliers, la musique iconique et les clins d’œil aux références entrées au panthéon de la pop culture globale surgissent pour déclencher des réflexes pavloviens de nostalgie. Surnagent comme rares plaisirs la poursuite dans les rues de Tanger et le caméo d’Antonio Banderas. Et si vous n’avez toujours pas réussi à passer outre le coup du réfrigérateur dans l’épisode précédent, sachez que l’on a ici droit à un triplé de moments désespérants : un cheval dans les tunnels du métro, un enfant de 14 ans qui pilote un avion, et un saut en parachute dans un autre film (littéralement). Même le ridicule ne tue pas Indy, assurément.

DREAMING IN BETWEEN de Ryutaro Ninomiya (ACID) : Le film japonais de la sélection de cette année à l’ACID ne reproduit malheureusement pas le petit miracle qu’avait été Yamabuki lors de la précédente édition. Au cœur de Dreaming in between est censée se trouver la crise existentielle du vice-principal d’un lycée (joué par Ken Mitsuishi), qui apprend à un an de la retraite qu’il souffre d’une grave maladie. Malheureusement, à partir de cette base le scénario ne fait que multiplier les démarrages de récits potentiels (sur les relations entre le héros et ses proches, sur son éthique de travail, sur l’écart entre celle-ci et certains faits) qui en se succédant se remplacent à tour de rôle, sans se nourrir mutuellement. La mise en scène d’une extrême sobriété n’aide pas plus à éloigner l’impression d’un film qui au lieu de se déployer, s’efface à mesure qu’il avance, (trop) fidèle en cela au sort de son protagoniste lâché tant à l’intérieur – par son corps – qu’à l’extérieur – par les personnes qu’il fréquente.