MILLENIUM : CE QUI NE ME TUE PAS produit une pâle copie

Sept ans après le film de David Fincher, Hollywood repart à l’aventure avec Lisbeth Salander. Mais celle-ci est désormais orpheline de son créateur (ce nouvel opus est adapté d’un livre de David Lagercrantz, qui a pris la suite de Stieg Larson après son décès), ainsi que de toute l’équipe en charge de Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes – Fincher remplacé par Fede Alvarez, Rooney Mara par Claire Foy, Daniel Craig par Sverrir Gudnason (Borg face à Shia LaBeouf dans Borg McEnroe). Tout le monde a beau faire de son mieux, la perte de qualité est notable.

Millenium : ce qui ne me tue pas est donc un reboot, de ce qui était déjà un remake (puisqu’une trilogie avec Noomi Rapace avait précédé le film de Fincher), mais c’est aussi une suite, qui saute deux épisodes au passage (Les hommes qui n’aimaient pas les femmes était le livre 1, Ce qui ne me tue pas est le 4), et qui aspire à jouer les prequels puisqu’une part de l’intrigue consiste à donner une « origin story » à l’héroïne Lisbeth Salander. Fede Alvarez avait de quoi pouvoir se débrouiller dans ces méandres tortueux, étant donné qu’il s’était affirmé avec ses deux premiers longs-métrages comme un réalisateur tout à fait à son aise dans l’art délicat du remake. Tant Evil Dead, remake officiel du film de Sam Raimi, que Don’t Breathe, réactualisation officieuse du sous-genre terrifique des huis clos avec un protagoniste aveugle (Seule dans la nuit, Terreur aveugle…), étaient tout à fait réussis. Mais dans les deux cas, le talent d’Alvarez tenait plus de la création de visions, de situations, que de personnages et de récits – ce qui fait de l’adaptation d’un roman, qui plus est d’une qualité toute relative comme ce nouveau Millenium, un obstacle plus sérieux pour lui.

Fede Alvarez est loin de nous faire atteindre le même niveau de vertige ou de fascination que David Fincher, bien qu’il tire de belles choses de toutes les sources d’inspiration, souvent minces, qu’il trouve

Alvarez a pour lui de reprendre à son compte le parti-pris de Fincher : ne pas accorder une importance excessive à la surface de l’histoire qu’il a la charge de porter à l’écran. Il enfile les péripéties, les rebondissements, les invraisemblances mécaniquement et promptement, afin de prendre autant que possible notre incrédulité de vitesse. Là où son film pêche par rapport à celui de son prédécesseur, c’est dans l’étape suivante : que mettre en place et que développer pour capter notre intérêt. Fincher sondait l’âme malfaisante tapie dans les recoins de l’intrigue (la perversité de la domination masculine sous toutes ses formes, historiques et intimes), et manipulait l’enquête de ses détectives jusqu’à en faire une matière cinématographique quasi expérimentale – avec des champs-contrechamps entre deux albums photos à plusieurs centaines de kilomètres de distance, par exemple. Alvarez est loin de nous faire atteindre un tel niveau de vertige ou de fascination, bien qu’il tire de belles choses de toutes les sources d’inspiration, souvent minces, qu’il trouve. On en revient à ce talent sûr pour les situations (il sait insuffler une énergie, une créativité dans toutes les scènes d’action), et les visions (composées avec son excellent chef-opérateur Pedro Luque), à base de feu, de neige ou de glace, de visages ou de corps brutalisés. Ce n’est pas énorme, mais c’est toujours plus que les miettes avec lesquelles doivent composer et jouer les comédien.ne.s, Claire Foy en tête, et les deux révélations de 2018 Lakeith Stanfield et Vicky Krieps dans de pauvres seconds rôles.

MILLENIUM : CE QUI NE ME TUE PAS (The Girl in the Spider’s Web, États-Unis, 2018), un film de Fede Alvarez, avec Claire Foy, Sverrir Gudnason, Lakeith Stanfield, Vicky Krieps. Durée : 117 minutes. Sortie en France le 14 novembre 2018.