Envoyé spécial à… TURIN 2015 : la jeunesse à rebours

En Italie plus encore qu’ailleurs, 33, c’est le dernier âge du Christ : on n’aura donc pas été surpris en trouvant la 33ème édition du Festival de Turin sous le patronage de Saint Orson Welles, debout sur l’affiche et plein les rues, les mains dans les poches, la cigarette au bec. Mais à la cérémonie de clôture, c’est à des martyrs plus récents que l’on pensa. Chacun des films primés portait avec lui le spectre de l’actualité brûlante : juste après le Prix du Meilleur documentaire décerné à un film algérien dont le réalisateur vivait à Tunis (Dans ma tête un rond point, de Hassen Ferhani), c’est un film français qui recevait le Prix du Public (Coup de chaud, de Raphaël Jacoulot) puis un belge, le Grand Prix (Keeper, de Guillaume Senez) ; comme si ces récompenses venaient exorciser quelque chose.

Absent de la cérémonie, Hassen Ferhani envoya une vidéo de Tunis à Turin : suite à l’explosion qui avait touché sa ville deux jours plus tôt, il avait ressenti le besoin de repartir remplir son pays – et nous félicitait d’être venus remplir, de notre côté, les salles de cinéma (sous bonne garde : très nombreux policiers à l’entrée du cinéma Reposi). Au fond du plan de sa vidéo de remerciements, on apercevait les sommets de l’Atlas, qui rappelaient les Alpes, clin d’œil amical, symbole de proximité. L’acteur de Coup de chaud, Karim Leklou, une fois sur scène, dédicaça quant à lui son prix à Romain Feuillade, un ami tué le 13 novembre ; quelques instants plus tard, Guillaume Senez venait chercher son trophée et rappelait qu’il avait quitté une Bruxelles où tout était fermé, quadrillé par les militaires, et qu’il était heureux de retrouver, à Turin, un peu de joie de vivre. Les symboles sont tels que la question se pose : ces prix étaient-ils mérités ?

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Coup de chaud repart non seulement avec le Prix du public, mais aussi celui du Meilleur acteur. S’il y a effectivement quelque chose de spectaculaire dans le jeu de Karim Leklou, qui incarne une sorte d’idiot du village tantôt touchant, tantôt détestable, le film lui-même tient plutôt du film policier en mode mineur, bien fichu, avec de bons acteurs, de bons figurants, Jean-Pierre Darroussin dans le rôle du maire – et un certain manque de brillant. L’histoire tient du Under the Dome franchouillard : comme dans la série inspirée du pavé de Stephen King où les habitants d’un village se voient enfermés sous un globe de verre, le « coup de chaud » du titre renvoie entre autres à la canicule s’abattant sur une bourgade française. Il y a dans cette fable quelque chose de brûlant, en vérité, qui tient à la fois à l’atmosphère très « COP21 » du film (la sécheresse fait pression sur les éleveurs, la question se pose de donner à boire au bétail), et à la question très française, ultra-contemporaine, de la justice et de l’indulgence : cet idiot du village, faut-il le punir fermement ou tenter de le comprendre, est-il responsable de ses actes, les habitants n’y sont-ils pas pour quelque chose ?… C’est ainsi un portrait de la France en 2015 qui s’esquisse : tandis que des gens normaux tentent de lutter contre la catastrophe climatique, un bas du front violent (autant dire un terroriste) vient semer la tempête sous les crânes.

Dans Keeper, on constate qu’il n’est pas besoin de religion pour que des bonhommes aient envie d’interdire à leur femme de boire, de conduire, de choisir ; que, quelle que soit la société, la parité s’enseigne et doit être défendue

La plus haute distinction du festival remise au film belge Keeper de Guillaume Senez surprend moins. Sous ses airs de cinéma-Dardenne filmé dans le dos des protagonistes en banlieue belge, c’est une variation sur L’Ecole des Femmes de Molière : l’histoire de cette adolescente de 15 ans, mise enceinte par un petit mec qui insiste pour garder le bébé, dit avant tout la nécessité qu’il y a à apprendre à ces jeunes femmes à se respecter elles-mêmes – c’est ce que racontait le tout premier film du festival aussi, Suffragettes de Sarah Gavron, projeté à la cérémonie d’ouverture, et auquel Keeper fait écho lorsqu’au planning familial, le futur papa à peine pubère joue avec un petit robinet sans jeter le moindre regard à l’affiche sur les droits des femmes, juste au-dessus de lui.

Senez montre avec une précision terrible comment l’ado Mel ne fait que des tentatives avortées de s’émanciper (« oh non ! » s’exclame-t-elle, cachée derrière un sourire, quand un jeu de hasard décide qu’elle gardera le bébé, comme le désire son copain) et l’on constate surtout qu’il n’est pas besoin de religion pour que des bonhommes aient envie d’interdire à leur femme de boire, de conduire, de choisir ; que, quelle que soit la société, la parité s’enseigne et doit être défendue. Cela vaut pour les deux sexes : la faiblesse d’esprit à l’origine de la poursuite des inégalités tient à la cruauté du garçon comme à la docilité de la fille, et Senez capte très bien la guérilla psychologique menée par le jeune mâle sur sa compagne, lui qui passe son temps à lancer des « ferme ta gueule » sous couvert de rigoler.

Le côté moralisateur du film (on voit un peu trop le tag « porno » sur un mur devant lequel passent les deux jeunes…), un peu « dossier », peut parfois embarrasser, mais il y a là un portrait sans complaisance de la jeunesse qui fait l’effet d’un antidote à La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot, film d’ouverture de Cannes où le jeune garçon misogyne et violent se voyait racheté lorsqu’il finissait par se reproduire avec une demoiselle de son âge ; à Turin, c’est justement la naissance du bébé qui pose problème, et l’exigence de bonté va au-delà de la compassion bébête envers les écorchés de la vie.

Laetitia Dosch, dans le rôle de la mère de l’adolescente enceinte, incarne à elle seule cette puissance d’âme qui faisait défaut au film de Bercot : d’abord lorsqu’elle insiste pour que sa fille avorte, sans atermoiements, sans drame, rationnellement, ensuite lorsque, reprenant sa fille sous son aile, elle prend les devants et finit par faire office de rempart contre l’idiot inséminateur. La prof de cette école des femmes, c’est elle : un bras barrant l’entrée au garçon venu reprendre son dû, elle lance « tu reviendras faire le mec quand tu sauras mettre une capote quand tu baises ! » en un grand geste (improvisé ?) de Laetitia Dosch, à la fois ultra-réaliste et ultra-théâtral, comme dans La Bataille de Solférino où son jeu se situait déjà à mi-chemin entre la force de poursuivre une vie banale, et l’effarement face à un déluge de péripéties stressantes – là où le casting de La Tête Haute se vautrait dans la banalité des péripéties stressantes au point d’en tirer une détestable petite musique.

Turin se consacre aux films de jeunes réalisateurs, âgés de 25 à 33 ans ; cette année ceux-ci n’étaient pas d’humeur à chanter l’innocence

La récompense accordée à Keeper couronnait la thématique majeure d’un festival où les portraits de la jeunesse étaient souvent assez hard. Turin se consacre en effet aux films de jeunes réalisateurs, âgés de 25 à 33 ans ; cette année ceux-ci n’étaient pas d’humeur à chanter l’innocence. On n’aura pas rattrapé Paulina, de Santiago Mitre, lauréat d’un Special Jury Award et du prix de la meilleure actrice pour Dolores Fonzi (film déjà primé au FIFE de Bordeaux) ; mais les deux autres films récompensés que nous avons pu rattraper étaient, eux aussi, axés sur le choc de la jeunesse, de ses aspirations à l’amour, et de la violence du réel.

Le film d’Hassen Ferhani que nous évoquions plus haut, Dans ma tête un rond point, se passe dans un abattoir d’Alger. Jeunesse, amour, violence : au milieu des cadavres de bêtes, les garçons parlent de filles, d’échappées romantiques. L’amour au milieu des carcasses se change ainsi en illusion terrible, comme c’était le cas de l’amour au milieu du machisme adolescent de Keeper. Chez Senez cependant, les deux jeunes mettaient 90 minutes à se heurter à la réalité ; à l’abattoir, un employé fait soudain preuve d’un terrible moment de lucidité épiphanique lorsqu’il annonce face caméra que de ce côté-là de la Méditerranée, il n’y a le choix qu’entre le suicide, le fanatisme, l’émigration ou le crime. A moins d’être un animal, difficile de faire plus pessimiste.

Dans A simple goodbye une sorte de gros sexiste moribond, le père, fait office de société humaine ; tandis que sa fille (les générations futures ?) vient à son chevet déplorer sa perte sans trop savoir pourquoi

Côté Chine, les choses n’étaient pas franchement plus reluisantes. A simple goodbye, de Degena Yun, remporte le Prix de la mise en scène et du scénario (ex-aequo avec un film mexicain, Sopladora de Hojas, d’Alejandro Iglesias). Ici les affres de la pauvreté sont remplacées par celles de la pollution. Le réalisateur joue lui-même un père de famille atteint d’un cancer du poumon qui paraît aussi banal qu’un rhume hivernal en France ; il est obsédé par la viande (de l’agneau, partout, tout le temps) et sa fille, qui revient le voir depuis l’Europe, passe son temps sur son téléphone portable. A l’instar de Coup de chaud, une petite fiction passe pour une métaphore de l’humanité entière : cette fois, une sorte de gros sexiste moribond, le père, fait office de société humaine ; tandis que sa fille (les générations futures ?) vient à son chevet déplorer sa perte sans trop savoir pourquoi, comme elle le dit à un moment donné.

C’est d’ailleurs du point de vue de la jeune fille qu’est raconté le film, ce qui lui vaut d’assez belles trouvailles stylistiques qui, ajoutées à la pudeur permanente (la caméra est systématiquement à au moins trois mètres des personnages), n’auront pas manqué de séduire le jury ; lorsque la voix off de la jeune fille met un terme à une scène où le père fait l’idiot, lassée de ses bêtises ; ou lorsqu’un panoramique vers un miroir situé au plafond, dans une boîte de nuit, transforme les cornes de diablotin clignotantes que portait la fille en voyants rouges à l’intérieur de son crâne. Autant d’effets de mise en scène un peu voyants, mais ingénieux et efficaces – la recette pour remporter un prix de mise en scène en festival, comme chacun sait.

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La cérémonie de clôture était suivie d’un film américain, Hello, my name is Doris, de Michael Showalter, dont on avait furtivement entendu parler au moment du festival SXSW, où il avait fait fureur. Le clou du spectacle, c’est Sally Field, 69 ans, dans le rôle d’une petite comptable new-yorkaise tombée folle amoureuse du trentenaire californien engagé à la com’ – Max Greenfield, aka Schmidt dans New Girl. Oui, les acteurs sont excellents (Field sera sûrement aux Oscars ; ne serait-ce que pour cette façon d’éloigner le portable de ses yeux pour lire les SMS) et oui, c’est Harold et Maud, à ceci près qu’on y croit un peu plus.

Festival de Turin oblige, cette rencontre entre les générations est encore une occasion de s’intéresser à la représentation de la jeunesse : d’un côté, une adolescente végane aide la septuagénaire à s’inscrire, puis à draguer sur Facebook ; de l’autre, une jeune femme ayant décidé de se mettre au tricot partage son chagrin – l’intérêt du film étant précisément de pointer les croisements entre les générations et de démonter les préjugés que les unes peuvent avoir sur les autres. Le film est d’ailleurs meilleur dans l’éloge de la jeunesse que dans sa critique, parfois un peu facile.

Hello, my name is Doris ressemble par moments à Yes Man de Nicholas Stoller, dans lequel Jim Carrey se retrouvait à accepter tout ce qu’on lui proposait. L’enjeu amoureux était alors Zooey Deschanel, déjà beaucoup plus jeune que Jim Carrey (18 ans de moins). A défaut d’être la future Zooey Deschanel, Sally Field apparaît ici comme Zooey Deschanel dans le futur : d’abord parce que dans New Girl, c’est de Deschanel que tombe amoureux le personnage de Max Greenfield ; ensuite parce qu’on songe encore à elle lorsque Showalter donne des intonations de Henry James à son film, toujours légèrement ironique vis-à-vis des événements, à l’instar d’un autre grand Deschanel-movie, (500) Jours ensemble. Ici, le côté Henry James va comme un gant à Doris qui, à 70 ans, doit bien en avoir cinquante d’expérience en amourettes : la réalisation, au diapason, donne du coup dans la sobriété, consciente de toutes les histoires d’amour déjà racontées auparavant. Oui, on sait comment cela va finir ; oui, on s’attend à un acte IV tristounet avant le happy ending, mais cela n’importe pas – l’année dernière, le festival de Turin nous avait déjà surpris par la quantité de films post-, qui se situaient ouvertement dans l’après- de quelque grand événement déjà raconté par d’autres.

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La veille de la cérémonie de clôture, on aura découvert The Nightmare, de Rodney Ascher. Après Room 237, où il décryptait Shining, il semble que ce soit à Sixième Sens de M. Night Shyamalan qu’Ascher ait choisi d’appliquer son traitement documentaire. The Nightmare s’intéresse à la sleep paralysis, ou paralysie hypnagogique : le cerveau se déconnecte du corps, que l’on n’arrive plus à bouger, tandis que l’on commence à avoir des visions. Ascher, bien sûr, donne la parole à ceux dont les visions sont celles de démons aux yeux rouges, d’extra-terrestres rigolards, ou d’hommes-ombres au grand chapeau… Un peu répétitif, mais efficace : le documentaire lui-même se laisse contaminer par la mise en scène de l’horreur. Les cauchemars sont recréés comme autant de scènes de crimes et interviennent même parfois au cours des interviews – ce qui ne fait pas spécialement peur, mais dit quelque chose de la porosité entre vérité et affabulation, à laquelle tient beaucoup Ascher. Tous les réalisateurs de films d’horreur rêvent de voir leurs spectateurs continuer d’avoir peur une fois sortis de la salle, c’est d’ailleurs à cela qu’on reconnaît les meilleurs ; L’Exorcisme d’Emily Rose, de Scott Derrickson, y parvenait notamment en montrant, comme Ascher, des gens tenter de rationaliser leur peur. Inutile de dire qu’ici, Derrickson est battu à plates coutures.

Moins film d’horreur que film horrible, La chambre interdite de Guy Maddin nous aura fait déserter la salle au bout de dix minutes – on raconte qu’aux Q&A, le réalisateur remercie parfois les spectateurs d’être restés jusqu’au bout. L’exergue incite à la méfiance, tirée de l’Evangile de Jean, où il est question de rassembler des fragments épars – ou comment un film-foutoir cherche en préambule à se donner quelque légitimité intellectuelle. La suite est une sorte de bazar expérimental où le numérique imite les effets de la pellicule. Faut-il rappeler que le diptyque grindhouse de Tarantino et Rodriguez aura bientôt dix ans et que la chose n’a plus rien d’iconoclaste ? En dix minutes, on aura quand même eu le temps d’identifier une énième variation sur Italo Calvino (Si par une nuit d’hiver un voyageur), l’un de ces films changeant de sujet toutes les deux secondes pour mieux suggérer de façon complètement artificielle qu’en fait tout était relié. Très vite, des personnages enfermés dans un sous-marin en train de couler annoncent qu’il ne leur reste que deux jours d’oxygène, et on se dit que le film, qui dure deux heures, sera au moins aussi angoissant que ces deux heures à étouffer ; lorsqu’un homme préhistorique se pèse les couilles dans une balance pour prouver sa virilité, on se dit qu’on n’a qu’une vie, que rien ne nous oblige à rester – et qu’on pourra bien se passer de la gratitude du réalisateur au moment du Q&A.

Dans Faire la parole comme dans Hello, my name is Doris, le regard porté sur la jeunesse est celui d’un septuagénaire

Eugène Green aussi était à Turin, avec Faire la parole : ici encore, il était question de regarder la jeunesse – et comme dans Hello, my name is Doris, le regard porté sur la jeunesse était celui d’un septuagénaire. Green s’est rendu en pays basque filmer une langue qu’il sent en voie d’extinction. En bon Levi-Strauss de Gascogne, il pose sa caméra devant les jeunes et les écoute parler de tout et de rien. On peut trouver discutable l’opposition un peu schématique du français, langue figée, au basque, langue vivante, puisqu’on constate que le basque lui-même est un peu figé dans des traditions peu excitantes (ah, les après-midi danse folklorique…), mais cela fait partie de l’argumentation. Le basque a l’air autrement plus vif lorsqu’il se retrouve à s’emparer de sujets vraiment nouveaux – ainsi de ces deux ados qui improvisent, dans une voiture, la dispute chantée de deux loups, dont l’un a décidé de virer végan. On écoute parler, chanter, on découvre une langue trop méconnue ; les panos sont globalement un peu mous mais l’idée est belle, et l’on sent encore une violence sourdre sous l’amour et la jeunesse – celle d’une culture en voie d’extinction.

La veille encore au soir – c’était le vendredi – le festival avait déjà commencé à finir. La venue de Nicolas Winding Refn faisait en effet office de bouquet final, le Danois étant simplement venu présenter Terrore nello Spazio (Planet of the Vampires), un film de Mario Bava sorti en 1965. Refn ne tarissait pas d’éloges pour encenser ce monument du cinéma en carton-pâte : « Dire que c’est un film de série B, c’est comme de dire que les Beatles, c’est pas mal », affirma-t-il, reconnaissant quand même que « the acting is so-so », tout en précisant que les costumes, qui selon lui ont inspiré Warhol, donnent envie de baiser tout le casting et que « si Mario Bava avait été vivant aujourd’hui, il aurait réalisé Drive ». Pas faux : les sons synthétiques bizarres de Bava évoquaient bel et bien la BO de Kavinsky, et les couleurs flashy, comme les néons, étaient partout. Très Drive, en effet.

On se rend compte qu’avec Prometheus, Ridley Scott n’a pas seulement rendu hommage à l’inavouable film italien dont il avait peut-être déjà piqué quelques idées en 1979 : il en a carrément réalisé le remake à 200 millions de dollars

Et en même temps très Prometheus : s’il est difficile d’évoquer Planet of the Vampires sans parler d’Alien (une équipe d’ouvriers de l’espace se retrouve échouée sur une planète hantée…), on se rend surtout compte qu’avec Prometheus, Ridley Scott n’a pas seulement rendu hommage à l’inavouable film italien dont il avait peut-être piqué quelques idées en 1979 : il en a carrément réalisé le remake à 200 millions de dollars – ce qui suffit à rendre à Prometheus le capital sympathie qui lui manquait. Les preuves sont innombrables : un vaisseau alien crashé, des géants morts au milieu des décombres, des tunnels parfaitement circulaires, des commandes musicales à l’intérieur du vaisseau échoué, une maladie qui progresse on ne sait par qui, des extra-terrestres rêvant d’aller coloniser la Terre… A noter qu’on passe surtout la séance à rire, tant les attitudes méprisantes du capitaine envers ses deux nanas subalternes feraient passer Eric Zemmour pour une Femen.

La fin du festival, le vendredi de notre arrivée, c’était aussi la remise, à Francesca Comencini, du Prix Cipputi, un prix trans-catégories qui récompense les œuvres sur le monde du travail. Cela aura été l’occasion de regarder trois courts-métrages de Comencini sur des travaux de réinsertion de jeunes dans la campagne turinoise (un programme intitulé Nuove Terre) ; le souvenir qu’on en garde tient cependant au public, dans la salle : il faut savoir qu’à Turin, les gens ont tendance à arriver en retard aux séances et à se mettre tout près de vous, arrivé en avance. On se retrouve du coup à fuir les nouveaux-venus qui prennent place en bouchant l’écran jusqu’à ce que, ce soir-là, la vue de l’écran me soit soudain bouchée par… les acteurs eux-mêmes. Last Action Hero, c’était mieux avant.

A la séance précédente s’était achevée la sélection Julien Temple (le papa de Juno, oui) – une carte blanche lui ayant été accordée à l’occasion de son dernier documentaire, The ecstasy of Wilko Johnson, diffusé ce vendredi soir-là. Il y était question d’un vieux rocker atteint du cancer. On le voyait jouer aux échecs contre la mort, sur une plage, puis dire qu’il fallait chérir la vie – sur fond de musique religieuse et de plans de feuilles d’arbres couvertes de rosée. Précédent tous les films tournés vers la jeunesse qui allaient être récompensés le lendemain soir, fidèles à l’esprit turinois, il n’était question que de vieillesse moribonde. Faux départ. Je suis parti.

Le 33ème Festival du Film de Turin (TFF) s’est déroulé du 20 au 28 novembre 2015.