Le gloubiboulga indigeste de A BIGGER SPLASH

Un tableau de David Hockney, un remake de La piscine de Jacques Deray, les Rolling Stones, l’allure de chanteur(se) de rock de Tilda Swinton, Lolita, les réfugiés qui arrivent sur les îles italiennes : Luca Guadagnino mélange dans A bigger splash tout ce qui lui vient à l’esprit de chic et de choc dans le but de faire un grand film. Raté.

Une tendance lourde des festivals de 2015 aura été de voir le cinéma italien considérer que son salut passerait par sa dilution dans des castings et des tournages presque entièrement en langue anglaise. À Cannes, on a ainsi eu droit aux machines de festival mondialisées Youth de Paolo Sorrentino et Tale of tales de Matteo Garrone ; et en attendant de voir si le mouvement va se poursuivre dans les années à venir, à Venise Luca Guadagnino le pousse à une première extrémité avec A bigger splash. Il y rassemble une troupe de stars internationales (Tilda Swinton, Ralph Fiennes, Dakota Johnson, Matthias Schoenaerts) qu’il achemine dans une Italie réduite à un paysage paradisiaque où faire construire sa villa avec piscine. Les italiens, pour leur part, sont cantonnés aux fonctions de domestique (l’employée de maison), bouffon (l’incompétent commissaire de police), exhibition folklorique (la fête du saint du village, à laquelle les protagonistes vont assister avec goguenardise), ou tout simplement public ébahi des extravagances des stars venues d’ailleurs – la ridicule scène du karaoké qui montre tout le village se presser dans le bar et écouter chanter un type drogué et éméché comme s’il s’agissait pour eux du plus beau spectacle qui soit.

VIP world problems : se regarder le nombril et se montrer à poil devant les autres

Méprisant ses concitoyens en toute décontraction, Guadagnino s’affiche macho sans plus de complexes dans la répartition des places entre les hommes et les femmes. Ces dernières sont au choix pur objet de désir charnel (la lolita incarnée par Dakota Johnson) ou privée de parole (la chanteuse interprétée par Tilda Swinton, en convalescence après une opération des cordes vocales), quand les mâles sont eux en majesté : celui figuré par Ralph Fiennes fait absolument tout ce qui lui chante, en tout lieu et toutes circonstances, et Matthias Schoenaerts joue le roc solide sur qui l’on peut toujours s’appuyer, mais qui n’en est pas moins complexe à l’intérieur. Le seul point sur lequel les femmes obtiennent l’égalité avec les hommes est de voir leurs problèmes et fiertés de VIP être considérés avec la plus grande attention par Guadagnino, dans un grand pot-pourri où le réalisateur balance n’importe quoi ayant assez de clinquant pour lui taper dans l’œil.

Guadagnino ne s’intéresse jamais au contenu de ses éléments, la substance d’une chanson des Rolling Stones ou de La piscine, le sens de Lolita ou de la toile de Hockney dont il subtilise le nom. L’essentiel de A bigger splash ne consiste en rien d’autre que nous montrer ses personnages se regarder le nombril et se montrer à poil devant les autres. De vain cela devient vulgaire dans la dernière partie, quand les réfugiés du Tiers-Monde, qui arrivent sur la même île du sud de l’Italie dont les stars ont fait leur résidence, entrent dans le champ du film ; et que tout ce que celui-ci trouve à faire d’eux est un groupe de boucs-émissaires anonymes à qui faire porter le chapeau de crimes commis par d’autres. À ce moment comme partout ailleurs dans le récit, on ne saisit pas où A bigger splash veut en venir, s’il est réellement dans le camp de ses protagonistes ou s’il nous invite à nous moquer d’eux, narcissiques et suffisants qu’ils sont. Puisque ce choix est laissé à notre discrétion, on se moque de ces personnages, et du film avec eux.

A BIGGER SPLASH (Italie, 2105), un film de Luca Guadagnino avec Tilda Swinton, Ralph Fiennes, Matthias Schoenaerts, Dakota Johnson. Durée : 120 minutes. Sortie en France le 6 avril 2016.