Au festiVal-de-Grâce : REAL de Kiyoshi Kurosawa

Le dernier patient en date admis au festiVal-de-Grâce, l’hôpital des films malades, n’était pas attendu. Aucune chambre ne lui était attribuée, son lit n’était pas fait, aucun cachet ne lui semblait destiné : Real de Kiyoshi Kurosawa, absent de toute sélectionné cannoise, échoué au Marché du film, se demande encore ce qui a pu lui arriver ?

L’hypothèse était plausible : Real avait de grandes chances de se retrouver en Sélection officielle cette année, et probablement au Certain Regard. En 2008, la dernière venue de Kiyoshi Kurosawa sur la Croisette lui avait valu le Prix majeur de cette section pour Tokyo Sonata. La porte lui était grande ouverte. Puis Thierry Frémaux dévoile la liste et, surprise, Real n’y figure pas. Il est alors envisagé, l’espace de quelques jours, de la voir rebondir à la Quinzaine des réalisateurs. Seulement, lors de son annonce, Edouard Waintrop ne prononce pas plus le titre du dernier Kurosawa.

Un mois plus tard, depuis la fenêtre de l’hôpital des films malades, Real observe avec amertume les montées des marches du Palais. Que s’est-il passé ?

Takeru Satoh dans REALA la vision du film, le mystère commence à se dissiper. Les qualités intrinsèques de Real ne sont pas remises en cause, c’est son apparence qui interroge. Délit de faciès ? Peut-être. Au regard de certains effets spéciaux fragiles, de transparences improbables, et ce même si le récit justifie ce rendu singulier, Real aurait pu jurer au sein d’une section ou d’une autre. Au Certain Regard, par exemple – car c’est toujours au sein de ce corpus qu’on l’imagine – aucun film ne s’aventure à ce point vers le film de genre, et plus encore vers une convergence d’images estampillées cinéma de l’étrange : récit d’anticipation, film de monstre, percées oniriques, déambulations de morts-vivants. Thierry Frémaux n’avait peut-être simplement pas envie de soumettre ce film atypique, et surtout détonnant, au millier de spectateurs de la salle Debussy. Quid à la Quinzaine ? Là, pas de risque de trancher au milieu d’histoires de cannibales (We are what we are) ou de zombies martiens (Last days on Mars). Mais encore faudrait-il être certain que Real ait bien été proposé au sélectionneur. Et si ce n’était pas le cas, serait-ce forcément une négligence ? Chaque film du cinéaste, tout habitué cannois qu’il soit depuis Charisma (1999), doit-il impérativement être présenté à Cannes pour trouver le succès ? La question se pose pour ce dernier Kurosawa, produit par TBS (chaîne de télévision nippone mineure). Il s’adresse avant tout au marché japonais : la culture du manga et plus encore l’importance accordé au rôle du mangaka possèdent une place essentielle dans le récit. Ce qui ne l’empêche pas, par bien d’autres aspects, de s’adresser à des publics variés, des cinéphiles de tous bords et toutes origines. Or, c’est cette profonde hétérogénéité thématique qui pourrait le rendre plus difficile d’accès encore.

Real est bien un film malade, la victime d’un poison inoculé de longue date, mais en aucun cas un patient dangereux : il serait plutôt de ceux qui surprennent au premier contact, mais gagnent à être fréquenté.

Retrouvez la critique du film.

 


REAL (Riaru : Kanzen naru kubinagaryû no hi, Japon, 2013), un film de Kiyoshi Kurosawa, avec Takeru Satoh, Miki Nakatani, Joe Odagiri, Kyoko Koizumi. Durée : 127 min. Sortie en France non déterminée.