FRIENDS AFTER 3.11 de Shunji Iwai

Les causes et conséquences de la catastrophe de Fukushima par l’un des plus grands cinéastes japonais contemporains. Un documentaire brouillon et inégal. 

« 3.11 » : il y a un 11 mars japonais comme il y a eu un 11 septembre américain. La terre a tremblé. Le pays pleure ses disparus. Le comparaison devrait peut-être s’arrêter là.

On ne s’attendait pas à voir le réalisateur de Vampire sortir de son magnifique monde cotonneux et mélancolique, bien plus poétique en somme que politique. Friends after 3.11 est sa réaction à chaud à la catastrophe de Fukushima. Elle est brouillonne et inaboutie. Pourtant, ce documentaire à la première personne est riche en révélations, notamment sur la possibilité d’éviter le désastre et les intérêts financiers qui ont fini par le rendre inéluctable. Iwai fait dans le documentaire engagé à la Michael Moore, sans le côté bonhomme et poil-à-gratter. Il faut dire que ses interlocuteurs, pour la plupart des spécialistes de la question nucléaire, sont ralliés à sa cause.

Friends after 3.11 est revanche hors de propos quand il médite sur le manque de contact humain engendré par les réseaux sociaux – c’est son côté Contagion – ou qu’il traite de cet autre fléau nippon qu’est le suicide. Qui trop embrasse… Dans une deuxième partie moins captivante, Iwai visite avec ses amis – les « friends » du titre, rencontrés sur Facebook après la catastrophe –  les ruines laissées par le passage du tsunami. Cette virée en paysage apocalyptique sombre dans le n’importe quoi quand la caméra s’éternise le joli minois en pleurs de la blogueuse écolo Fujinami Kokoro. C’est un peu vicelard et mignon tout plein. Le Iwai qu’on connaît refait surface, avec une envie furieuse de retourner à ce qu’il sait faire : filmer amoureusement, « faire faire de belles choses à de belles femmes » comme disait Truffaut.

A-t-il vu Plus jamais peur, le documentaire consacré à la révolution tunisienne, dont l’une des figures incontournables est la cybermilitante Lina Ben Mhenni ? Affleure dans Friends after 3.11 une vision passionnante, qui rejoint le film de Mouran Ben Cheick. Aux yeux de Shunji Iwai, si la société japonaise doit trembler à nouveau, si quelque chose doit s’effondrer pour de bon, ce sont ses valeurs morales et sa rigidité sociale ancestrales. Après le choc « 11 septembre », place à un « printemps arabe » ?

FRIENDS AFTER 3.11 (Japon, 2011), un film de et avec Shunji Iwai. Durée : 120 min. Sortie en France non déterminée.