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Pour son deuxième long-métrage en tant que réalisateur (après Truth, avec le regretté Robert Redford), James Vanderbilt, scénariste de Zodiac (et de bien d’autres films moins reluisants), s’attaque à un très gros morceau : le procès de Nuremberg, en se concentrant sur son principal accusé, Hermann Göring. Le film affiche les limites liées à son cadre de production, mais il n’en reste pas moins, en son cœur, bon, et juste, parce qu’il porte le regard qu’il faut sur son sujet et ses personnages.
Tous les stéréotypes liés au genre hollywoodien du film de procès historique, visant à la dramatisation à outrance de ce qui se joue – par la musique, la mise en scène, l’emphase de certaines décisions ou actions –, sont présents dans Nuremberg. En donnant parfois l’impression d’être devant un docufiction de Histoire TV ou TFX, ce décorum à l’esthétique aussi calibrée que pataude empêche évidemment le film de jouer dans la même cour que les plus grands, par exemple l’inégalable Pont des espions de Steven Spielberg. De plus, comme il ne dure « que » 2h30 et aspire à ménager la chèvre et le chou entre le récit historique et le développement de personnages charismatiques, dans une optique de s’adresser au plus grand nombre, Nuremberg laisse sciemment de côté certains sujets majeurs et passionnants, tel le défi – tout juste évoqué – de devoir monter de toutes pièces et en un temps record un cadre de droit international afin de pouvoir faire juger les dirigeants nazis par un tribunal autre qu’allemand.
Toutefois, ces carences n’entravent pas la force et l’intelligence profondes du film, qui fait ce qu’il faut, comme il faut, dans le domaine le plus important : le traitement de la question du danger mortel posé par tous les suprémacismes (nazisme, fascisme, etc.), à la fois dans leur finalité – l’éradication d’une part entière de l’humanité – et dans leur attrait, qui rend impossible de s’en débarrasser une fois pour toutes (une vérité dont l’accent mis sur les accrocs dans l’exécution de la peine capitale décidée par les juges peut être vue comme une représentation symbolique). Sur les deux aspects, Nuremberg frappe aussi juste qu’il peut sonner faux par ailleurs, sur des points finalement accessoires. En ce qui concerne l’entreprise de mort nichée au cœur de ces idéologies, Vanderbilt va au plus simple et au plus évident : il intègre à son long-métrage de longs extraits du film sur les camps de concentration (Nazi Concentration Camps, réalisé par George Stevens et John Ford) qui fut montré au cours du procès, et qui vaut plus que tous les discours. Rien que pour cette décision, Nuremberg a son importance.

Pour ce qui est de l’attrait, plus ardu à saisir et exprimer, de telles idées et théories odieuses, a priori inhumaines, le cinéaste suit comme fil conducteur une évidence gênante : les nazis sont des humains. Et de ce fait, si tous les humains ne sont pas voués à devenir nazis, tous peuvent devenir ami, séduit, ou manipulé par eux – sans compter qu’à ces zones grises des individus s’ajoutent celles des institutions, que le film sait aussi souligner en rappelant ici la compromission de l’Eglise Catholique dans les années 1930, là les bombardements de Hiroshima et Nagasaki. Vanderbilt s’attarde plus longuement sur l’aspect humain, à l’échelle des individus et de leurs relations en face-à-face – là où nous sommes le plus vulnérables, en particulier en raison de notre propension à l’empathie dont on ne sait si elle nous rend plus forts ou plus faibles qu’eux. Il se repose sur son excellent trio d’acteurs principaux, Michael Shannon (dans le rôle du procureur qui manque de voir Göring se sortir par le haut de son interrogatoire, faute d’être infaillible dans son approche des questions), Russell Crowe (qui, en jouant Göring, boucle d’une certaine manière la boucle par rapport au rôle qui l’a révélé il y a vingt-cinq ans, du bon côté d’un procès historique dans Révélations de Michael Mann), et Rami Malek qui tient le rôle le plus ingrat et donc passionnant, du psychiatre dont le mélange de vanité et de naïveté en fait une cible idéale pour l’entreprise de séduction par un autre humain, quand bien même on sait tout ce que ce dernier a d’inhumain. Dans le film, comme dans la vraie vie (si l’on en croit sa page Wikipedia), Douglas Kelley s’est laissé séduire par certains aspects de la personnalité de Göring ; et accepter de montrer cela, en complément du verdict officiel du procès, et de l’avertissement de rigueur sur le danger de la résurgence du fascisme, ajoute grandement à la valeur du film.
NUREMBERG (Etats-Unis, 2025), un film de James Vanderbilt, avec Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon, Richard E. Grant, Leo Woodall. Durée : 148 minutes. Sortie en France indéterminée.
Le 73è Festival international du film de San Sebastian se déroule du 19 au 27 septembre 2025.