CANNES 2024 : tous les films (que l’on a vus)

De la Compétition à l’ACID en passant par tout ce qu’il y a entre, aperçu régulièrement mis à jour des films vus à Cannes en 2024 mais auxquels nous n’avons pas consacré de longues chroniques. Nouvelle mise à jour avec, entres autres, le « choc » de la Compétition (The Substance) et un beau film deux fois primé au Certain Regard : L’histoire de Souleymane.

LE DEUXIÈME ACTE de Quentin Dupieux (Sélection officielle, Film d’ouverture, Hors compétition) : Qu’un film de Quentin Dupieux se dérègle, qu’il dévoile sa nature de fiction, ça n’a rien de surprenant en soi, que ce soit au fil de l’eau comme dans Réalité ou in extremis façon Au poste. La petite surprise du Deuxième acte, c’est son basculement d’entrée de jeu (avec une apostrophe de Louis Garrel, rappelant Dans Paris). Puis au « deuxième acte » du film, tout change encore, plus drastiquement même, mais avec pour paradoxe que le twist ramène le film dans un univers réaliste, diégèse peu commune chez Dupieux, partagée avec Yannick du moins. Plus généralement, tout ce que l’auteur travaille ici, les faux-semblants, le méta, les discours ambivalents, il l’aura déjà fait précédemment et mieux. Et notamment dans Au poste donc, avec qui il partage Le charme discret de la bourgeoisie de Buñuel comme matrice. Le renouveau concerne finalement moins la forme que le fond, et ceci inquiète un peu pour la suite. Quentin Dupieux se repaît fièrement de tous les sujets « chauds », abordant pêle-mêle le féminisme, l’homosexualité, l’écologie, l’intelligence artificielle, etc. A la limite, il compresse tout et tant et tant dans ce Deuxième acte, qu’il n’aura peut-être plus rien à en dire par la suite. Et si ses personnages nous répètent ici ad nauseam qu’« on ne peut plus rien dire » justement – avec humour certes, ce n’est pas non plus un édito du Point – on regrette que le fait de pétrir la matière dans tous les sens, le vrai, le faux, l’envers, l’endroit, ne permette jamais à Dupieux de présenter tout ça, même accidentellement, sous l’angle du second degré. Une autre bascule, la dernière, est la plus intéressante (et formelle, donc) : après avoir passé tout le film à zieuter de l’autre côté du miroir, à discourir sur le hors-champ mais sans ne jamais le dévoiler, l’ultime plan fait le grand saut : un plan-séquence sur des rails de travelling sans vie, sans âme, sans équipe, dernière image qui entérine le discours pessimiste voire alarmé étayé pendant le film (ici sur la mort du cinéma). La scène a le mérite de se charger d’une angoisse qui rappelle celle qui terrassait in fine les personnages de Fumer fait tousser : on y clopait pour changer d’air en espérant pouvoir changer d’ère – petite taffe réac qui préfigurait la grande bouffé du Deuxième acte. –HB

MI BESTIA de Camila Beltrán  (ACID) : Bogotá, 1996. On annonce l’arrivée du diable lors d’une éclipse lunaire, la vision d’une « lune rouge ». En amont de l’événement, une fillette disparaît. La population locale s’agite, s’inquiète. Au cœur de cette effusion, Mila, 13 ans, accueille de nouveaux désirs et sent son corps changer. Est-ce seulement la puberté ? Ou cette métamorphose s’explique-t-elle par la prophétie ? Ce premier film de la vidéaste colombienne Camila Beltrán, traversé par quelques beaux effets de lumière, quelques beaux effets de filage, reste un film de coming of age comme on en aura vu d’autres, même sur le versant « éveil sexuel fantastique féminin » du sous-genre, on en a vu d’autres (encore il y a quelques mois, J’ai vu le visage du diable de Julia Kowalski, par exemple). Les connexions annexes sont nombreuses : on pense forcément à Red Moon Tide de Lois Patiño (tout est dans le titre), à Shunji Iwai (jeunesse et monde ouatée), à Gregg Araki (jeunesse, mutations et créatures), aux Merveilles d’Alice Rohrwacher (jeunesse, parfum 90s et fête locale) et même à Twin Peaks (relecture de la relation de Laura et de Leland, en plus de quelques emprunts stylistiques lynchiens). Et puis le récit bascule lors du dernier acte, vers quelque chose de différent. Mais est-ce bien surprenant ? Tout l’annonçait le plus distinctement possible, avec cet ancrage dans le réel et la façon de le parasiter, à intervalles réguliers, par petites touches étranges et autant d’indices lisible du changement à venir. Même l’impression de rêve cotonneux dessinée par Camila Beltrán apparaît trop orchestrée plutôt que de donner le sentiment de s’inviter indolemment, si bien qu’une fois toutes ces conditions réunies, la surprise n’en est plus une quand l’autre film se réveille, et à voir l’emphase du final, la réalisatrice comptait manifestement dessus… –HB

LOS HIPERBÓREOS de Cristóbal León et Joaquín Cociña (Quinzaine des Cinéastes) : Dans un studio de cinéma déserté, l’actrice chilienne Antonia Giesen, jouant son propre rôle, relate sa frustration quant à l’abandon d’un projet de biopic de Miguel Serrano, écrivain chilien complètement givré qui pensait que les nazis s’étaient réfugiés dans une base secrète en Antarctique. Le film passé et le film présent ont tous deux pour créateurs Cristóbal León et Joaquín Cociña, tandem connu pour La casa lobo et Los huesos, mais aussi pour le segment animé de Beau is Afraid d’Ari Aster. À mesure qu’Antonia Giesen partage ses souvenirs, le studio prend vie, des décors se font et se défont, des personnages s’animent, projections et marionnettes s’invitent dans le cadre, et se juxtaposent ainsi le souvenir d’un film mort et sa renaissance protéiforme, presque en live. Que cette histoire de projet déchu soit vraie ou non, ce qui se trame sous nos yeux est également charmant. On est fasciné par cette résurrection bricolée du projet, portée par l’idée qu’une réécriture d’un moment perdu est plus belle encore que son expression originelle ; idée précédemment célébrée par James L. Brooks dans Comment savoir (la scène à la maternité) ou Sophie Letourneur dans Voyages en Italie (tout le dernier acte). Dans sa dernière partie, soit l’exploration de la fameuse base nazie au pôle Sud, Los Hiperbóreos plonge dans sa propre folie et se lie plus précisément à d’autres beaux films fous, tel Able Edwards de Graham Robertson (2004), autre délire de science-fiction politique et objet de carton-pâte, ou encore au Vingtième siècle de Matthew Rankin (auteur lui aussi présent à la Quinzaine cette année, avec Le langage universel), enfin on songe plus simplement à certains films de Bertrand Mandico ou de Guy Maddin (décidément tous à Cannes en 2024 puisque le canadien y a dévoilé Rumours, Hors Compétition). –HB

A SAVANA E A MONTANHA de Paulo Carneiro (Quinzaine des Cinéastes) : Au sein d’une édition de la Quinzaine des Cinéastes particulièrement inspirée, ce film portugais hybride ne jure pas le moins du monde, que ce soit dans l’inspiration, la concrétisation de ses idées ou le propos qu’elles portent. Paulo Carneiro fait rejouer aux habitants du village de Covas do Barroso, heureux d’être perdu au fin fond d’une campagne paisible, des instantanés de leur lutte contre un mégaprojet industriel de mine de lithium. De même que son titre joue sur les doubles sens (« Savannah » est le nom de l’entreprise qui porte le projet, et la montagne, le décor en arrière-plan du village), le film brouille les cartes et les frontières et entremêle au rythme des saisons documentaire et fiction, lutte politique et film de genres – western, espionnage, comédie musicale –, urgence écologique et humour décalé. Pour nous comme pour les interprètes c’est une petite parenthèse de bonheur (qui ne fait jamais mine de ne pas voir les nuages qui s’amoncellent à l’horizon), au ton et à l’irrévérence proches de ceux de Miguel Gomes, compatriote de Carneiro. -ED

L’INVASION de Sergei Loznitsa (Séances Spéciales) : Dix ans après avoir filmé au cœur de Maïdan l’étincelle de la révolution ukrainienne de 2014, et après avoir enchaîné depuis les projets documentaires remontant plus loin dans le temps pour réfléchir sur l’histoire de son pays, Sergei Loznitsa revient au moment présent, celui de la guerre imposée à l’Ukraine depuis deux ans maintenant du fait de l’agression menée par la Russie à son encontre. Le film restant en retrait de la ligne de front, son titre renvoie autant à cette invasion militaire proprement dite qu’à une invasion plus insidieuse et mentale : celle du quotidien de l’ensemble de la population civile ukrainienne par le fait militaire. La succession d’instantanés qui compose L’invasion, saynètes présentées sans contexte mais immédiatement identifiables car volontairement archétypales, montre une guerre devenue omniprésente, qui trouve toujours un moyen de s’infiltrer. Parfois par ce que l’on voit (des soldats qui se marient, ont des enfants, enterrent leurs proches, ou simplement déjeunent au milieu des civils dans un restaurant), parfois par ce que l’on entend – le tumulte d’un bombardement qui recouvre une conversation courante, les alertes aériennes qui résonnent à tout bout de champ. Et puis il y a ce qui échappe aux sens, relevant des comportements et que Loznitsa parvient à saisir avec brio par sa mise en scène et son montage. Par exemple, quand une longue séquence dans une école primaire révèle crûment comment celle-ci s’est adaptée à tous points de vue (programme, accueil des enfants, locaux) à la vie en temps de guerre ; ou quand L’invasion fait se succéder un chapitre montrant la mise au rebut à grande échelle d’ouvrages en rapport avec la culture russe, et un autre se déroulant dans un stage d’entraînement de civils au maniement d’armes à feu. Les fusils à la place des livres : difficile de faire plus limpide comme message. -ED

L’HISTOIRE DE SOULEYMANE de Boris Lojkine (Un Certain Regard) : Souleymane est un livreur de repas à domicile parmi tous ceux qui arpentent à vélo les rues de Paris sans existence véritable – comme le met en exergue le solide travail documentaire effectué par Boris Lojkine et parfaitement retranscrit à l’écran, ils n’ont ni papiers, ni compte en règle sur les applications, ni logement. Ils sont en attente du verdict de l’OFPRA quant à leur demande d’asile, ils louent à des tarifs usuriers scandaleux le sésame leur donnant accès aux commandes de livraison à domicile, ils s’entassent dans les foyers d’urgence avec toutes les contraintes que cela implique – se réveiller aux aurores pour réserver une place pour la nuit suivante, courir pour attraper le dernier bus qui ramène au foyer le soir et qui n’attend pas les retardataires. Ils comptent parmi les soutiers qui font tourner une ville qui est pour eux une prison à ciel ouvert, décapée de son vernis glamour et clinquant, terne et dangereuse malgré les quelques marques de camaraderie entre eux et d’humanité de la part de certains clients. Le cinéaste trouve la distance et le ton parfaits, ni misérabilistes ni trop neutres, pour dresser dans un premier temps ce portrait d’un homme, du groupe précaire qu’il personnifie, et en filigrane d’une société entière. La deuxième partie du récit, où Souleymane voit ses moyens de subsistance mis en péril et se débat pour les sauvegarder dans l’urgence, à la manière d’un héros de film des frères Dardenne ou de Cristian Mungiu, est un peu plus programmatique mais toujours efficace. Et la séquence finale, qui se recentre sur le sujet qui donne son titre au film (l’histoire à raconter à l’OFPRA), clôt celui-ci sur un climax à l’ambigüité aussi inattendue que passionnante, où l’honnêteté est à la fois salvatrice et préjudiciable. -ED

EAST OF NOON de Hala Elkoussy (Quinzaine des Cinéastes) : Une histoire peu intelligible, qui s’articule autour d’une conteuse, d’un chef de village autoproclamé et d’une jeunesse locale qui cherche à s’en sortir malgré la corruption, les tentations et les coups du destin. On comprendrait mieux ce que l’on cherche à nous raconter si l’autrice ne s’évertuait pas à mélanger le film et son tournage, le cinéma et le théâtre filmé, aussi le noir, le blanc et les couleurs mais sans en rendre les intentions sous-jacentes suffisamment lisibles. A observer cette troupe de comédiens, le manque de naturel et le surjeu incontrôlé de certains font parfois lorgner l’objet hybride vers du petit théâtre amateur. Il y a pourtant des ambitions formelles, quelque part entre certains Chahine et, disons, Les cent et une nuits de Simon Cinéma d’Agnès Varda, mais la poésie visuelle bricolée manque d’inspiration, au même titre que les nombreuses répliques poétiques alambiquées saupoudrées çà et là. Le plus déroutant dans East of Noon reste que le film semble ne jamais exister : en cause, le désordre multi-diégétique décrit précédemment et plus encore le fait que tout y soit inconséquent : un personnage se mutile puis réapparaît dix minutes plus tard, comme si rien n’était arrivé ; un autre quitte le village, définitivement semble-t-il, du moins la voix-off le laisse entendre, avant de réapparaître, sans plus de raison ni explication. Des choix sans doute délibérés, mais faudrait-il qu’ils soient clairement adressés puisque, sans cela, impossible de s’investir émotionnellement ou intellectuellement dans ce drôle de fatras arty lo-fi. – HB

THE SUBSTANCE de Caroline Fargeat (En Compétition) : Film choc de la compétition cannoise 2024, choc mais versant gaudriole, The Substance voit une actrice sur le déclin accoucher (par le dos) d’une version rajeunie d’elle-même. Le choix des deux comédiennes n’est pas mauvais (elles se livrent sans réserve), en revanche au petit jeu des ressemblance, la présence de Margaret Qualley donne envie d’imaginer qu’elle fût incarnée dans sa version moins jeune non pas par Demi Moore mais par Isabelle Adjani. Autre fantasme : y trouver Naomi Watts, dont le souvenir surgit à chaque fois que Qualley sourit, réactivant par ricochet celui de Mulholland Drive (2001). Le lien entre la série B de Caroline Fargeat et le grand film de Lynch reste ténu : un sourire donc et le miroir aux alouettes hollywoodien. Il serait excessif de considérer cette parenté outre-mesure, de même que celles pourtant lisibles aves les œuvres de David Cronenberg, de Brian Yuzna et même de Stanley Kubrick (lui aussi cité via 2001, Shining et Eyes Wide Shut), tant l’horizon de The Susbtance se limite plus justement au niveau d’une intrigue de Brandon Cronenberg (disons Antiviral + Infinity Pool), passée à la moulinette maniériste d’un double de Nicolas Winding Refn. Ainsi le film n’est jamais auto-suffisant, en revanche il a tendance à s’auto-célébrer : il se cite lui-même à tout bout de champ (insupportable manie de tout sur-expliquer constamment via des flashbacks de scènes vues quelques dizaines de minutes plus tôt) et se leste par une emphase formaliste sans garde-fou (un pneu, un œuf, un syphon, tout mérite un gros plan dynamique relayé par des effets sonores tonitruants ; et l’on cite ces quelques motifs, mais ce qui se retrouve le plus souvent devant la caméra de Fargeat, ce sont les courbes de Margaret Qualley, il faut bien l’admettre). De bout en bout, les personnages de The Substance, leurs attitudes, leurs habilités aussi, sont souvent improbables, voire proprement grotesques. Ce n’était pas une fatalité, pourtant. Dès lors, on se le demande : aussi folle et gore soit-elle, pourquoi ne pas avoir situé cette même histoire dans notre monde plutôt que dans son double, dans cette version constamment outrancière et caricaturale de notre monde ? – HB

LE ROMAN DE JIM d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu (Cannes Première) : Par le passé, les frères Larrieu ont habitué leurs habitués à des récits plus aventureux que Le roman de Jim ; avançons l’hypothèse des bienfaits du grand air sur leur imaginaire qui, s’il n’en a pas le monopole, reste sans doute plus profitable de ce point de vue que les apports conjugués de la table de cuisine et du conciliabule. Le roman de Jim étant à la fois un film de petite cuisine et de grand air, on ne s’étonne donc qu’à moitié que ce que ne soit pas le film le plus fou ou le plus libre du tandem. Cette histoire qui décrit sur plus de vingt ans la relation en pointillés d’un homme et de celui qu’il a élevé comme son fils n’a, pour autant, rien d’un long fleuve tranquille. A plusieurs reprises, la trajectoire du film parvient donc à surprendre, à se diriger là où on ne l’attend pas. Sa mise en perspective par rapport au reste de l’œuvre des Larrieu s’entend donc ainsi : Le roman de Jim est un film plus « classique », un récit construit et mené avec patience, conduit sans réelles embardées, un récit s’articulant en séquences égales en durée, en tempo, en chaleur. Cousin éloigné sur la forme mais assez proche pour ce qu’il raconte de In the Family de Patrick Wang (2011) ou de So Long, My Son de Wang Xiaoshuai (2019), Le roman de Jim nous charme dès ses premiers instants, le mélo ne nous lâche plus, faisant corps avec ses personnages et leurs interprètes, tous investis, sensibles et touchants, et finit par bouleverser comme ses deux aînés. -HB

TROIS KILOMÈTRES JUSQU’À LA FIN DU MONDE d’Emanuel Pârvu (En Compétition) : Delta du Danube. Adi, 17 ans, vit à Tulcea mais passe l’été non loin, dans le petit village qui l’a vu grandir. Une nuit, l’adolescent est surpris en train d’embrasser un garçon, un « touriste » de passage dixit les villageois. Deux d’entre eux lui tombent dessus et le rouent de coups. Emanuel Pârvu dessine alors un réseau de souffrances retors et déchirant : Adi est contraint de reconnaître que ses parents ne sont finalement pas plus peinés de le voir blessé que de le savoir gay. A l’échelle du village, la situation se complexifie encore : ses agresseurs sont les deux fils d’un homme à qui son père doit de l’argent, puis la police s’en mêle, et le prêtre local, et les services sociaux, etc. La situation est inextricable et le si beau village de pêcheurs dont elle est le théâtre devient presque dédaléen : on ne s’y déplace qu’à pied, on ne le quitte qu’en bateau, le soleil aveuglant semble contraindre tout déplacement et le vent omniprésent paraît repousser toute velléité de départ. Les efforts conjugués de scénographie et de mise en scène déployés par Emanuel Pârvu confèrent ainsi ce sentiment singulier d’observer un personnage pris au piège d’une prison à ciel ouvert, improbable zone cauchemardesque et néanmoins idyllique. On retrouve de temps en temps ce qui faisait l’originalité de son film précédent, le remarquable Mikado (2021), dans lequel au détour des cloisons et des cuts, les personnages donnaient parfois l’impression d’apparaître et de disparaître. Ici, les grands espaces limitent ce jeu de montage, mais Pârvu parvient à surprendre d’une façon comparable : ici trois silhouettes terrifiantes surgissant à travers la fenêtre de la chambre adolescente ; là, le protagoniste que l’on pensait enfin sauvé, au loin, en mer, reparaît par surprise, penaud sur le perron de sa maison. Le film convole vers une conclusion proche de celle de Mikado, là encore : dans ce film passé, l’ensemble des tentatives de résolutions s’étant avérées infructueuses, le destin se chargeait de rééquilibrer les souffrances, une mort (début du film) contre une autre (la fin, un accident). Dans Trois kilomètres…, sans trop en dévoiler, le film et ses personnages cherchent eux aussi à résoudre le conflit autour d’Adi de toutes les manières possibles, si bien que lorsque plus rien ne fonctionne, la solution la plus radicale mais aussi la plus naturelle s’impose. Et la conclusion s’avère terrible et lumineuse à la fois. -HB