LE BRUIT DES MOTEURS : court et intense comme une course de dragsters

Il arrive une drôle d’histoire pas drôle à Alexandre, une histoire qui trouve ses racines dans les attentats du 11 septembre. Ceux-ci sont la raison invoquée par l’administration des douanes, à laquelle il appartient, pour justifier l’armement de tous leurs agents. Alexandre se retrouve ainsi formateur en armes à feu, et a des liaisons éphémères avec certaines des élèves dont il croise la route. Quand l’une de ces dernières finit aux urgences en raison d’une crise d’asthme pendant leurs ébats, Alexandre, bien qu’il l’ait aidée à s’en tirer, voit sa vie sexuelle scrutée à la loupe et être doublement utilisée contre lui – pour le suspendre et pour le faire chanter.

L’enchaînement mi-absurde mi-angoissant des événements décrits ci-dessus n’occupe que le premier quart d’heure du Bruit des moteurs, premier long-métrage dont l’auteur-réalisateur Philippe Grégoire fait preuve d’une économie et d’une efficacité narratives frappantes. Il ajoute dans la suite du film, une fois Alexandre revenu dans sa petite ville natale y purger sa suspension, une autre corde à son arc : un talent significatif dans la mise en scène, qui transforme la réalité banale du lieu du tournage, Napierville (essentiellement connu pour sa piste de dragster, d’où le titre du film, et où Grégoire a lui aussi grandi), en objet cinématographique troublant.

Philippe Grégoire parvient à placer son film au confluent d’un faisceau d’influences aussi hétéroclites que fructueuses

Par l’ajout à ce réel d’éléments perturbateurs improbables – un second rôle à la réalité incertaine, une enquête singulière menée par des policiers décalés –, le cinéaste parvient à placer Le bruit des moteurs au confluent d’un faisceau d’influences aussi hétéroclites que fructueuses, et jamais écrasantes. On pense ainsi à Donnie Darko (un personnage post-adolescent dont les faits et gestes sont guidés par un être fantasmé), à Twin Peaks et P’tit Quinquin (un village rural endormi, aux policiers dépassés, soudain secoué par le ridicule et la violence physique), et même à Basic Instinct (un suspect dont l’alibi est que sa culpabilité est trop grossièrement évidente pour être vraie). Et on oublie, quasiment jusqu’au terme du court récit, que celui-ci était des plus ténus et reposait sur si peu de choses que sa conclusion est un anticlimax.

LE BRUIT DES MOTEURS (Canada, 2021), un film de Philippe Grégoire, avec Robert Naylor, Tanja Björk, Marie-Thérèse Fortin. Durée : 79 minutes. Sortie en France indéterminée.