COURTROOM 3H, la cour des jugements de Salomon

Courtroom 3H, du cinéaste espagnol Antonio Mendez Esparza (Grand Prix de la Semaine de la Critique en 2012 pour Aqui y alla), est le fruit de l’observation d’audiences et de procès tenus devant une cour de Floride dédiée aux affaires de déchéance de droits parentaux. Suivant l’exemple des documentaires de Frederick Wiseman ou Jean-Xavier de Lestrade, le film fait forte impression bien qu’il se contente de capter sans l’interpréter le réel, avec ses zones d’ombre et de doute.

Le sujet de Courtroom 3H est en soi porteur d’une intense violence – ce qui est demandé à toutes les parties adultes concernées par les sessions de cette cour particulière est un déchirement permanent, car se retrouver là signifie qu’il est trop tard pour les solutions positives. L’essentiel du temps, le choix se résume à Charybde ou Scylla ; rompre le lien entre enfants et parents, ou prendre le risque de laisser les premiers dans une situation néfaste créée par les seconds. Parents, représentants de l’assistance sociale, procureurs (toujours dans le mauvais rôle, car là pour plaider affaire après affaire en faveur du placement des enfants), avocats, juge (rarement a-t-on vu à l’écran un juge aussi vulnérable et l’assumant ; on ressent à quel point chaque affaire lui coûte) : toutes et tous doivent puiser en eux des ressources considérables pour être à la hauteur de la tâche et sauver ce qui peut l’être.

Une montée en puissance au fil d’extraits d’audiences courtes, puis vient le gros morceau formel et émotionnel, l’enchaînement de deux procès particulièrement complexes, de véritables jugements de Salomon

Mendez Esparza a très intelligemment construit son film, en deux temps. Tout d’abord, une montée en puissance au fil d’extraits d’audiences courtes – conclue par une respiration heureuse (le seul moment de réelle lumière au milieu de deux heures épreuves), la notification d’adoption de deux enfants par un couple homosexuel. Puis vient le gros morceau formel et émotionnel, l’enchaînement de deux procès particulièrement complexes, quasiment inextricables, de véritables jugements de Salomon. Un père (aux antécédents parentaux discutables) venu du Venezuela récupérer son fils qu’il n’a jamais vu, juste quand celui-ci va être retiré à la mère et placé à l’adoption ; et une mère accumulant les condamnations pour violences ainsi que des accrochages avec les services sociaux, mais ayant toujours été irréprochable avec sa fille. Les deux affaires donnent lieu à de passionnants échanges entre les trois parties, accusation, défense, juge, auxquels le montage du film fait honneur en sachant faire ressortir les renversements de rapports de force. Et bien qu’il ne s’agisse que de deux cas, et donc d’une vision parcellaire, leurs conclusions laissent à penser que leur choix par le réalisateur n’a pas été anodin, mais fait entrevoir une possible vérité générale. Aucun.e des deux ne mérite plus ou moins que l’autre, mais l’homme présentant bien a obtenu gain de cause malgré les failles de son dossier, tandis que la femme racisée et ayant un dossier judiciaire (sans lien avec la question ici jugée) a été déboutée.

COURTROOM 3H (Espagne, 2020), un film de Antonio Mendez Esparza. Durée : 115 minutes. Sortie en France indéterminée.