MOI, OLGA, belle comme un camion

L’histoire vraie de la dernière Tchécoslovaque exécutée, pour avoir fauché volontairement des piétons au volant de son camion : le portrait réussi d’une héroïne ingrate et difficile à cerner, fragile mais vindicative, victime et bourreau.

La ressemblance est telle entre l’héroïne de ce premier long-métrage tchèque et Natalie Portman dans Léon qu’on se demande longtemps devant Moi, Olga si ce dernier n’est pas une suite arty et sinistre du film de Luc Besson. Même regard noir, même air buté, même coupe de cheveux vaguement Louisebrooksienne, etc. En plus, Olga est une tueuse, et l’écrire n’est pas spoiler, puisque Moi, Olga raconte l’histoire vraie de la dernière femme exécutée en Tchécoslovaquie, condamnée à mort pour avoir volontairement roulé sur des piétons, tuant neuf d’entre eux. Et il la raconte bien, trouvant la bonne manière de traiter son héroïne a priori détestable (et qui ne fait vraiment rien pour se faire aimer), traitant à la va-vite sa tentative de suicide alors qu’elle était ado, afin d’y aller mollo sur sa victimisation – de tous les sévices dont elle estime avoir souffert, on n’est témoin que d’un passage à tabac par des camarades de chambrée – et nous autoriser à nous demander si la petite Olga ne voit pas abusivement les autres comme la cause de son mal-être.

Le dernier plan du film est d’une telle froideur, qu’on éprouve presque de la tristesse à voir que l’indifférence contre laquelle Olga disait se battre est effectivement inébranlable

MOI, OLGA HOPNAROVA de Petr Kazda et Tomas WeinrebQuelle que soit l’origine du déséquilibre de la jeune femme, Moi, Olga ne l’excuse pas, mais il ne lui reproche rien pour autant et ne la diabolise pas. Il laisse bien entendre qu’elle est folle – il faut forcément l’être pour faucher sciemment des gens – mais suggère aussi que ce n’est pas la folie qui a motivé son geste. Ni même son homosexualité, exprimée de nuit dans les bars, certes, mais en public : les intenses scènes érotiques sont ainsi davantage là pour montrer qu’Olga aime des choses dans la vie, que pour en rajouter une couche sur son inadaptation sociale (« et en plus, elle était lesbienne, ça ne l’a pas aidé la petite, etc. »).

Il n’était pas du tout évident de donner un peu de panache à cette meurtrière, dont le geste tient à la fois du suicide en différé (elle veut être pendue), de l’acte terroriste kamikaze (elle veut emporter des gens avec elle) et de l’avertissement, salvateur à ses yeux : Olga profite de son procès pour annoncer que d’autres comme elles passeront un jour à l’acte si on ne fait rien pour les empêcher de souffrir. Face à un tel discours, les deux réalisateurs du film se comportent comme des sphinx, bien aidé par le jeu mal-aimable et parfait de leur actrice Michalina Olszanska. Des sphinx qui ont tout de même une idée derrière la tête : leur dernier plan – désolé de vous faire le coup de la-dernière-image-grâce-à-laquelle-tout-fait-sens – est d’une telle froideur, qu’on éprouve presque de la tristesse à voir que l’indifférence contre laquelle Olga disait se battre est effectivement inébranlable. Même quand on lui rentre dedans avec un camion.

 

MOI, OLGA (Ja, Olga Hopnarova, République Tchèque, 2016), un film de Petr Kazda et Tomas Weinreb, avec Michalina Olszanska, Martin Pechlat, Clara Meliskova… Durée : 106 minutes. Sortie en France le 6 juillet 2016.