THE DANISH GIRL, biopic faible au service d’une histoire forte

Dans les années 1920, un peintre danois prend conscience que sa vie devrait en réalité être vécue au féminin. Sa transition irrépressible d’un sexe à l’autre bouleverse son couple, en mal mais également en bien ; et secoue juste assez le cadre sclérosé du biopic pour faire de The danish girl un film présentant un certain intérêt, presque malgré soi.

La principale qualité de The danish girl est en effet de ne pas se mettre en travers de la force vitale qui pousse Einar Wegener, son héros, à devenir à terme Lili Elbe, intégralement et impérativement. Tom Hooper adopte en cela le point de vue de l’épouse d’Eigar, Gerda, qui accepte par amour d’accompagner son mari à chaque étape, même si la voie ainsi tracé les mène vers une séparation inexorable. Aimer quelqu’un au point de l’aider à vous quitter si cela lui ouvre la possibilité d’une vie meilleure : Gerda y parvient merveilleusement, Hooper beaucoup moins. Son film reste engoncé dans les tristes codes d’un consensus mou et hors d’âge qui tient lieu de manifeste à l’intention des votants des Oscars – nappes musicales qui noient ce que l’image peut exprimer, plans touristiques martelant que l’on est à Copenhague ou Paris (alors même que les scènes tournées en studio ne saisissent rien de la véritable essence de ces lieux), concours général de cabotinage de la part des comédiens, conclusion forcément édifiante et tire-larmes quand bien même ce n’est là pas du tout le bon choix pour ce que le récit et les personnages ont à dire.

L’histoire vraie des Wegener a ceci de singulier qu’elle porte en elle une énergie que toutes les barrières conservatrices érigées et éprouvées de longue date par Hollywood ne peuvent tout à fait juguler

Sur ce dernier point les limites du genre biopic se font nettement sentir, si l’on en vient (et l’on y vient inévitablement) à mettre en balance The danish girl et Une nouvelle amie. Porté par le pouvoir émancipateur et illimité de la fiction, Ozon est en mesure de faire voler en éclats toutes les barrières, autour et au sein de son intrigue ; tandis que Hooper ne peut pas – et probablement ne veut pas – sortir du programme imposé par la sacro-sainte « histoire vraie », située dans un passé lointain et clôturant ce que les personnages ont le droit de faire par les faits réellement advenus. Mais l’histoire vraie des Wegener a ceci de singulier qu’elle porte en elle une énergie que toutes les barrières conservatrices érigées et éprouvées de longue date par Hollywood ne peuvent tout à fait juguler. Cette énergie pousse The danish girl à ne pas se détourner de l’obligation de traiter la composante charnelle de son sujet ; et ce faisant à afficher initialement la complicité sexuelle de Gerda et Einar, afin de montrer comment ils vont la perdre par la suite, lorsque leurs chemins vont s’éloigner. D’une manière plus générale le film reste fidèle à l’idée – éminemment tragique – que nos vies sont des trajectoires individuelles que nous suivons sans pouvoir les infléchir. Quand par hasard notre trajectoire et celle d’un(e) autre avancent en parallèle, cela donne un jeu amoureux tendre et florissant comme celui de Gerda et Einar ; mais dès qu’elles deviennent trop distantes, nous nous retrouvons étrangers et impuissants tels Gerda et Lili.

THE DANISH GIRL (Etats-Unis, Grande Bretagne, Danemark, 2105), un film de Tom Hooper avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Amber Heard, Ben Wishaw. Durée : 120 minutes. Sortie en France le 20 janvier 2016.