DON JON de Joseph Gordon-Levitt

Joseph Gordon-Levitt en porn addict dans une anti-romance inégale. Première réalisation pour l’acteur et dernier film d’un triptyque festivalier flirtant avec le porno et malheureusement d’un tout petit niveau (voir le triste Lovelace et le décevant Interior. Leather Bar présentés à Sundance et Berlin). 

Il y a dans Don Jon une scène amusante : Jon se rend au cinéma avec sa nouvelle petite amie, Barbara Sugarman (un nom fait pour l’amour). Ils hésitent entre un film d’action et une comédie romantique, entre un « guy flick » et un « chick flick ». Va pour « Someone Special », le film sentimental, en réalité une parodie avec en guest stars Anne Hathaway (dans les années 90, on aurait eu Julia Roberts) et Channing Tatum. Comme il le dit en voix-off, Jon reconnaît les figures imposées de la rom-com, notamment, s’il fallait le dire avec des mots sexuels, sa façon de gérer les préliminaires et l’orgasme : le coup de foudre, l’idylle, puis la séparation avant la réconciliation. C’est bien vu, et malgré l’ironie de la scène, on peut penser qu’il arrivera la même chose au couple façon Barbie (diminutif de Barbara) et Ken formé par Joseph Gordon-Levitt et Scarlett Johansson. Que nenni. Don Jon une anti-romance caustique, réjouissante dans sa vulgarité mais inaboutie, surtout dans sa deuxième partie et sa conclusion.

Rêvons. Le premier film de Gordon-Levitt aurait pu être à la comédie romantique ce que Starship Troopers est à la science-fiction et au film de guerre. Il réunit trois caractéristiques de la satire politique de Verhoeven : le pastiche, la vulgarité et les personnages écervelés, tous plus stéréotypés les uns que les autres. Jon a une psychologie sommaire et le corps et la discipline d’un soldat, Don Jon a le programme répétitif et physique d’un camp d’entraînement : masturbation, drague, bagnole, muscu, famille (avec Tony Danza, tout en « fuck »), église, confession et rebelote. La chose est assumée. Le récit fabrique consciemment ses propres clichés, sa propre routine – le son de démarrage du Mac, excellent running gag et coup d’envoi à une recherche effrénée de la bonne vidéo de cul.

La vulgarité et le conditionnement du cinéma romantique hollywoodien n’ont d’égal que ceux du porno. Jon en est addict alors même qu’il a une vie sexuelle active, comme Don Juan moderne puis comme compagnon de Barbara, mi-pétasse mi-bobonne qui le fait d’abord languir et faire dans ses pantalons. Conditionnement encore :  il y a du procédé Ludovico dans le générique de Don Jon. Il faudrait alors remplacer les images de guerre et de haine projetées à Alex dans Orange Mécanique par des images provocantes échappées quotidiennement du cinéma, d’Internet et de la télévision. Les « prises » de Jon en boîte de nuit ont leur son approprié : un beat de rap à la Dr Dre. Le héros a la tête pourrie par l’imagerie de clips sexistes.

Sa guérison et son remplissage de cervelle sont le mal de Don Jon. Osons un jeu de mots douteux, un rapprochement un brin salace entre « coming of age story » – ce qu’est Don Jon – et « coming », le mot anglais pour dire « jouir ». Jon se défait de son addiction grâce à une quinquagénaire rencontrée lors de ses cours du soir. Elle a ses vices (fumette et porno danois des années 70) mais c’est elle qui le fait accéder à la maturité sexuelle. Julianne Moore, inoubliable ménagère désespérée et allergique à la normalité chez Todd Haynes (Safe, Loin du Paradis), aurait eu besoin de quelques scènes supplémentaires pour que se déploie son personnage de femme excentrique endeuillée. Ce lien filial-érotique-amoureux fait un tout autre film, plus sage, plus « indé » et bâclé.

DON JON (USA, 2013), un film de Joseph Gordon-Levitt. Avec Joseph Gordon-Levitt, Scarlett Johansson, Julianne Moore, Tony Danza. Durée : 90 min. Sortie en salles : le 25 décembre 2013