« Jeune… » sans jeunesse : Ozon la mélancolie

Et si le nouveau sujet du cinéma de Ozon, c’était le cinéma de Ozon ? Et si la jeunesse retrouvée depuis Dans la maison n’en était pas une ? N’est-ce pas triste au fond de ne plus être l’élève ? Dans Jeune et jolie, il est encore question de classe et de médiocrité, d’être dans la maison et d’être en apprentissage. A ne lire qu’après avoir vu le film.

A la fin de Dans la maison, Claude et Germain, respectivement l’apprenti écrivain et le professeur qui croit faire l’éducation littéraire du jeune homme, ont vue sur un immeuble. C’est à qui imaginera l’histoire la plus accrocheuse. Ces deux femmes : sœurs ou lesbiennes ? Conflit familial ou dispute de vieux couple ? La vie des autres est un film en puissance : amour, haine, comédie, crime, sexe. Des coups de feu partent dans l’un des appartements. La micro-scène est une redite du début de Sitcom, le premier long métrage de François Ozon. Le drame avait lieu après un lever de rideau. Dans le dernier plan hitchcockien de Dans la maison, le rideau se ferme. Ozon a déjà donné dans le jeu de massacres. Ce qu’il faisait en 1998, il ne veut plus le faire en 2012 (et encore moins en 2013 avec Jeune et jolie).

Dans la maison est moins un exercice de style qu’un exercice d’auto-critique. Tout ce que le maître reproche à l’élève, Ozon l’a fait dans Sitcom. Ici, il est les deux, le cinéaste et le critique. Au risque que ce double statut se retourne contre lui (lire notre article à ce sujet). Cohabitent la médiocrité et le savoir-faire, les ratages d’un narrateur qui fait ses classes (scolaire/sociale) et une efficacité diabolique du récit. Dans Jeune et jolie, Ozon retourne en milieu scolaire et verse à nouveau dans l’explication de texte ; cette fois au sens littéral : hé les jeunes, ça veut dire quoi « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » ? Dissertation orale filmée dans un style documentaire. Pas nécessaire.

Pourquoi être revenu « Dans la maison » ? La première raison tient à cette continuité étonnante entre la scène décrite plus haut et le début de Jeune et jolie. Un adolescent tient la paire de jumelles qui manque aux personnages de Dans la maison pour être de vrais héros hitchcockiens (ou depalmiens, ce qui revient au même). Il observe sa sœur allongée à moitié nue, face à l’océan. Faisons cette hypothèse : ce n’est pas sa sœur qu’il mate, c’est un personnage de cinéma, c’est sa sœur entrée dans la maison Ozon (disons côté plage : sexualité adolescente, lumière d’été, nature-(isme occasionnel). La deuxième raison tient à cette idée que les erreurs de Claude profitent à Jeune et jolie et à Isabelle, son héroïne, la fille sur la plage.

Le nouveau film de François Ozon est une somme de refus, de contournements d’obstacles et, en cela, un objet passionnant sur le plan du scénario. Isabelle est trop vaste pour se limiter à : 1/ un film de vacances rohmérien (celui-ci servira juste à un dépucelage), 2/ un drame de mœurs à la Polisse quand la famille découvre la double vie d’Isabelle (et Isabelle celle, extra-conjugale, de sa mère), 3/ un teen-movie à la française quand Isabelle sort avec un garçon de sa classe. « Tu es trop léger. Tu fais pas le poids » dit Charlotte Rampling à Jacques Nolot, l’homme qui s’est substitué à son mari dans Sous le sable (l’imposant Bruno Crémer). Le scénario sentimental de Jeune et jolie est trop léger. Le petit ami du lycée Henri IV ne fait pas le poids. Quel film convient ? Et si c’était un film de vieux ? Et si c’était Sous le sable ?

Marine Vacth et François Ozon sur le tournage de JEUNE ET JOLIE

Ozon semblait renouer avec la jeunesse depuis Dans la maison. L’émouvante confrontation entre Marine Vacth et Charlotte Rampling atteste du contraire. Rampling incarne l’âge que la jeune prostituée ne fait pas mais que son vécu lui a donné. Ozon/Isabelle n’a voulu choquer personne, juste voir ce que ça fait de ne plus être l’élève, d’être jeune sans la jeunesse.