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De la ville de Rauma en Finlande (où se déroule A light that never goes out de Lauri-Matti Parppei) à celle d’Entroncamentoau Portugal (qui donne son nom au long-métrage de Pedro Cabeleira), l’ACID nous fait cette année voyager littéralement d’un bout à l’autre de l’Europe. Sous leurs évidentes différences apparentes, les deux films ont beaucoup en commun, dans leur finalité (comment est-ce qu’on se débrouille quand on est jeune et que l’on vit dans une bourgade loin des grands centres du pays, anonyme, rasoir ?) et dans l’imaginaire qu’ils convoquent (chacun construisant son scénario sur la base d’un canevas connu du cinéma américain) – sans oublier le fait qu’ils sont l’un comme l’autre très plaisants à suivre.
Entroncamento est le plus étonnant des deux, car le mix qu’il propose est aussi baroque que sa réussite improbable. Sa durée dépassant les deux heures lui sert à déployer rien de moins qu’une saga criminelle prenant place dans le milieu des dealers de drogue de cette ville endormie (on n’y voit aucun signe de vie autre que ce commerce clandestin). La référence américaine ici prégnante est celle des Affranchis, entre autres fresques scorsesiennes sur des petits malfrats. Mais plutôt que de la plaquer telle quelle dans son milieu personnel, ce qui n’aurait pas grand sens, Pedro Cabeleira reprend la recette de cette inspiration et la réinterprète avec des ingrédients du cru. Les trognes et la gouaille des comédiens, autant que les décors dans lesquels ils évoluent (de l’hypermarché Leclerc local aux barres HLM, des salons des appartements aux habitacles des voitures), confèrent au film une énergie et une véracité qui le propulsent avec brio et sans relâchement, de sa première – longue – séquence de deal qui tourne à l’arnaque jusqu’à son final bouclant de belle manière toutes les pistes de son récit. Entre les deux, et bien que l’on reste en terrain balisé, on passe scène après scène un moment galvanisant en compagnie de cette galerie de personnages qui profitent du meilleur des deux mondes, à la fois hauts en couleur comme des antihéros de cinéma de genre et ancrés dans le réel.

A light that never goes out est plus paisible en apparence, parce que les tourments de ses protagonistes sont intériorisés et leurs conflits mis sous cloche. C’est particulièrement vrai pour le personnage central, Pauli, ex-enfant prodige de la musique classique, qui envoie tout valdinguer après vingt ans passés à faire des concerts de flûte. Son burnout et la dépression qui en découle restent invisibles aux yeux de ses proches, ce qui le pousse à se rapprocher d’autres jeunes adultes repoussés dans les marges de la ville parce que ne rentrant pas suffisamment dans le moule de la normalité conformiste et accomplie. Avec eux, Pauli monte un groupe de musique concrète expérimentale (dont les compositions et improvisations ont été enregistrées en live, le réalisateur du film étant lui-même musicien), ce qui n’empêche pas le film de garder une trame connue – son déroulé est en tous points semblables à celui de Rock Academy, une référence que l’on ne pensait pas voir venir à l’esprit pour un film finnois en sélection cannoise. La friction plus ou moins violente entre les attentes de la majorité formée par les gens banals, et les aspirations des individualités inclassables et irréductibles, est pourtant aussi nette et exprimée avec autant de sincérité et de force dans un cas comme dans l’autre. Comme pour Entroncamento, le secret du succès de A light that never goes out tient dans sa faculté à associer l’idée forte venue d’ailleurs à une mise en pratique qui ne peut exister que là où le film est tourné, tant elle se nourrit d’éléments et de sensations intimement liées à ce lieu.
Le 78è Festival de Cannes se déroule du 13 au 24 mai 2025.
ENTRONCAMENTO (Portugal, 2025), un film de Pedro Cabeleira, avec Ana Vilaça, Cleo Diára, Rafael Morais, Tiago Costa. Durée : 131 minutes. Sortie en France indéterminée.
A LIGHT THAT NEVER GOES OUT (Finlande, 2025), un film de Pedro Cabeleira, avec Samuel Kujala, Anna Rosaliina Kauno, Camille Auer, Kaisa-Leena Koskenkorva. Durée : 111 minutes. Sortie en France indéterminée.