SIMÓN DE LA MONTAÑA : des p’tits trucs en moins

Le jeune Simón n’a aucun dysfonctionnement cognitif mais il fait semblant d’en avoir. Le film, lui, a des dysfonctionnements narratifs mais ne le dissimule pas aussi bien qu’il le voudrait.

Forcément, au printemps 2024, le récit d’un jeune homme qui feint d’avoir un handicap mental pour intégrer un groupe de personnes qui, elles, ont de véritables déficiences cognitives et/ou motrices, ceci fait penser à Un p’tit truc en plus, la sympathique comédie à succès d’Artus ; même si l’on peut convoquer d’autres souvenirs, des Idiots de Lars Von Trier (1998) à l’épisode final de la sixième saison de Larry et son nombril (« La Bat-Mitzvah », avec Michael McKean).

Le postulat de ce premier film argentin, découvert à la Semaine de la Critique, trouve rapidement ses limites, tourne un peu en rond puis çà et là, et sans doute à dessein, provoque quelques scènes malaisantes pour ne pas dire malaimables (naturellement, on pense aussi aux premiers films de Michel Franco). Simon de la montaña est plus convaincant quand affleure le vrai problème, le vrai sujet : le mal-être dont souffre Simon, un trouble inexplicable (et surtout inexpliqué) mais néanmoins manifeste s’il en est venu à prétendre être atteint d’un handicap et souhaiter s’y lover pour échapper à sa réalité ; à cet égard, on pense maintenant au Septième continent de Michael Haneke (1989), dans lequel l’enfant de la famille feint la cécité pour attirer l’attention (et tant qu’à faire, si l’on invitait Artus plus haut, tissons un lien de plus, cette fois avec Nous, les Leroy et les fausses tentatives de suicide / vrais appels à l’aide de la fille).

Bien qu’inévitable, cette attention plus profonde portée au protagoniste n’est pleinement abordée que lors du dernier acte et a fortiori lors de la scène finale, laquelle forme d’ailleurs une boucle prévisible puisque pensée en miroir de la première scène et qui, autre défaut, est coupée hâtivement. Ici réside le reproche principal fait au film : les personnages ne disent jamais tout ce qu’ils sont censés se dire, tantôt parce que Federico Luis coupe trop tôt comme dans cette conclusion, tantôt parce qu’ils louvoient incompréhensiblement : désir maladroit de dépeindre l’incommunicabilité ? De jouer la montre ? Ou encore décisions narratives prises par commodité (il reste plus facile de ne pas écrire les dialogues espérés que de se creuser la tête à les trouver) ? Ces errements narratifs répétés entament la patience des spectatrices et spectateurs.

Sans doute conscient que les dialogues et la caractérisation la plus élémentaire ne sont pas son fort, l’auteur cherche à retranscrire formellement les indécisions et transformations de son personnage (et même de ses personnages), au risque d’être excessif : modulation de la lumière (le fondu au blanc liminal), des corps (looks mutants, voix d’ogre, etc.), de la réalité (film de fiction et jeu vidéo malaxés au réel) et surtout du son, avec un jeu de textures sonores très voire trop appuyé, à l’aide d’un appareil auditif. De fait, il faut reconnaître une certaine ambition chez Federico Luis, mais l’on ne se méprend pas sur la fonction de cache-misère de tous ces effets.

SIMÓN DE LA MONTAÑA (Argentine, Chili, Uruguay, 2024), un film de Federico Luis, avec Lorenzo Ferro, Camila Hirane, Agustin Toscano. Sortie en France non déterminée.

Illustration de Charlotte Szmaragd