CUORI PURI : corps pourris

Cuori Puri est apparemment un film plutôt mineur dans la programmation de la Quinzaine : pas de star, un réalisateur signant son premier long-métrage, un sujet plutôt commun – les émois estivaux d’une jeune fille et de son copain bourru/viril. Mais à moins d’écrire dessus, on risque de l’oublier assez vite.

Cuori Puri est l’un de ces films rarissimes qui auraient été meilleurs si le personnage principal avait pris le temps de s’arrêter deux minutes pour se masturber en plein milieu de l’intrigue (La Fureur de vivre, Douze hommes en colère, Pusher…). Les coeurs purs, ce sont en effet ceux d’ Agnese, qui vient d’avoir 18 ans, mais a fait voeu de chasteté avant le mariage ; et de Stefano, gardien de parking non-chaste et plutôt chaud – une scène de foot sur fond de musique de boîte gay suggère même qu’il se taperait ses coéquipiers s’il en avait l’occasion. Conséquence : le pauvre Stefano, assez frustré, se met en colère une scène sur deux, et la pauvre Agnese n’en peut plus.

On n’avait pas vu un film faire un tel pataquès de l’hymen de sa protagoniste depuis le Crossroads de Britney Spears et, peut-être, de Mémoires d’une geisha

Baisera, baisera pas ? Le spectateur est ainsi maintenu en haleine grâce au simple pitch de ce premier film, candidat à la Caméra d’Or, finalement assez proche de celui d’une émission de télé réalité dans lequel une jeune fille vierge gagnerait le ponpon en réfrénant ses ardeurs jusqu’à la finale, pour respecter les conseils de son prof de caté, féru d’étymologie et d’abstinence.

On n’avait pas vu un film faire un tel pataquès de l’hymen de sa protagoniste depuis le Crossroads de Britney Spears et, peut-être, de Mémoires d’une geisha : mais cette fois – et c’est sans doute ce qui lui vaut d’être ici présenté à la Quinzaine des Réalisateurs – le jeu se mêle de géopolitique, et la question des Roms et celle des migrants interviennent sporadiquement dans l’histoire. Est-ce une caution ? Est-ce que ça vaut le coup ?

On dirait un Roméo & Juliette entre Le Pen et Hamon, mais c’est accorder beaucoup de crédit au film que d’y voir beaucoup plus que ce long suspense autour de ce qui se passera entre les cuisses d’Agnese avant la fin de l’été.

CUORI PURI de Roberto de PaolisL’idée est de se sacrifier, explique le prof de caté, se sacrifier plutôt que de se divertir ; donner du sens à sa vie plutôt que de s’égarer dans le culte des objets. Gardien de parking, Stefano est lui-même le gardien de ces choses que sont les voitures, et comme dans tout bon premier film qui se respecte, les métaphores sont très lisibles : les Roms qui n’ont rien vivent à la lisière de ce parc à richesses, eux-mêmes parqués comme des animaux derrière des grilles de fer, que très symboliquement, Stefano vient à devoir réparer, au prix d’altercations aboyées. Agnese, elle, se sacrifie pour la cause, et vient donner ses vieux vêtements aux pauvres. On dirait un Roméo & Juliette entre Le Pen et Hamon, mais c’est accorder beaucoup de crédit au film que d’y voir beaucoup plus que ce long suspense autour de ce qui se passera entre les cuisses d’Agnese avant la fin de l’été. Spoiler : Agnese ne remporte pas le ponpon, et Stefano s’endort au terme d’une scène filmée de très près, en temps réel, téton au premier plan et ronflements après le cut. C’est l’un des défauts de Paolis, d’ailleurs : filmant ses personnages constamment de trop près, il étouffe le jeu de ses acteurs qui passent leur temps à jouer du mieux qu’ils peuvent, se sachant observés, quand la caméra ne les suit pas façon Dardenne, faisant d’eux de véritables boeufs tirant l’équipe technique comme une charrette.

Difficile, de fait, de savoir à quelle distance exactement se situe De Paolis de ses personnages, et si la salle avait raison de rire aux éclats lorsqu’Agnese explique qu’elle ne peut pas embrasser Stefano tant qu’ils ne sont pas mariés, si la tronche de chien battu que tire le garçon, amené à raconter ses séances de prières, participe d’un effet comique ou non ; et si les reflets du soleil dans l’objectif de la caméra, lorsque l’étreinte virile du jeune homme apaise l’hystérie de la donzelle fraîchement dépucelée, sont ici à titre ironique ou non.

CUORI PURI (Italie, 2017), un film de Roberto de Paolis, avec Barbora Bobulova, Edoardo Pesce, Stefano Fresi… Durée : 1h54. Sortie en France indéterminée.