THE LOBSTER : un homard ou l’amor

Dans une société proche de la notre, tout célibataire est envoyé à « l’Hôtel », une immense bâtisse froide et grise aux airs de prison 4 étoiles, où il dispose de 45 jours pour trouver l’âme sœur, sans quoi il sera transformé en l’animal de son choix : The Lobster incite à une profonde réflexion et se prête à de nombreuses interprétations toutes plus folles les unes que les autres.

David (Colin Farrell), la quarantaine, vient d’apprendre que sa femme le quitte. Il est amené dans cet hôtel où il tente en vain de tomber amoureux d’une célibataire au cours de soirées dansantes ou de parties de chasse aux « Solitaires » dans les bois. Mais la peur d’être transformé en animal rend tout amour malsain : la menace qui pèse sur les célibataires fausse leurs sentiments, tant ils sont prêts à faire n’importe quoi pour sauver leur peau. David décide alors de s’enfuir dans la forêt pour rejoindre la communauté traquée des Solitaires. Il pense avoir échappé au totalitarisme de l’Hôtel, mais il comprend rapidement que le leader de sa nouvelle communauté, puissamment interprétée par Léa Seydoux, interdit aux siens de flirter ou de former des couples…

Pour son quatrième long-métrage, Yorgos Lanthimos met en scène des personnages froids et durs, souvent jusqu’à l’absurdité. Il nous déroute en nous retirant tous nos repères pour nous plonger au cœur d’un monde cruel, tantôt cynique (parce qu’il s’est masturbé, un homme est forcé de laisser sa main dans un toaster) ;  tantôt drôle (au début du film, Colin Farrell hésite longuement entre l’option hétérosexuelle et l’option homo, le « bi » n’étant plus disponible).

La sincérité des rapports humains et la nécessité d’avoir ou pas des points communs au sein du couple sont questionnées explicitement à travers les deux communautés, celle des couples et celle des célibataires, aux idéaux opposés mais aux châtiments et au mode de fonctionnement dictatorial identiques. Dans cet univers définit par « tout ou rien », le talentueux réalisateur grec semble nous poser une question qui plane sur le film pendant presque deux heures : « Jusqu’où peut-on aller par amour ? »

Anouk Lainé

 

THE LOBSTER de Yorgos LanthimosLe synopsis de The Lobster n’est pas très attirant. Il laisse croire qu’il ne s’agit que d’une banale comédie comme il en sort une trentaine par an. Sa bande-annonce retient davantage l’attention et sème le doute chez le spectateur. On se demande s’il s’agit d’un film vraiment comique, d’une fiction censée frôler le réalisme… The Lobster soulève de nombreuses questions, avant-même d’avoir été vu. Le film paraîtra simple à certains et extrêmement complexe à d’autres. Tout dépend du degré de curiosité que le spectateur manifeste à son égard. Plus on s’interroge sur ce film, plus on comprend, ou plutôt on croit comprendre, le message que Lanthimos a voulu faire passer.

The Lobster a beau être futuriste, il traite de sujets actuels. C’est une image caricaturale de la société d’aujourd’hui. Derrière les nombreux passages plus ou moins drôles du film se cache un profond malaise lié à des problèmes auxquels nous sommes confrontés tous les jours : la frustration que l’on peut ressentir en étant célibataire à un certain âge, les disputes au sein du couple, la responsabilité d’élever un enfant… Mais aussi les limites de la vie en collectivité, la discrimination physique, la manipulation, l’hypocrisie ou l’égoïsme.

Le jeu d’acteur est relativement bon. Le rythme du film est parfois un peu lent, mais pas suffisamment pour ennuyer. La mise en scène et la bande sonore rappellent d’anciennes comédies burlesques, ce qui crée un contraste plutôt réussi avec certains décors futuristes et plus encore avec l’attitude robotique des principaux personnages. La scène du bal est particulièrement plaisante à voir. Elle rappelle, sans pour autant donner une impression de déjà vu, son équivalent dans Shining.

The Lobster incite à une profonde réflexion et se prête à de nombreuses interprétations toutes plus folles les unes que les autres. Yorgos Lanthimos en a-t-il une seule et unique, bien définie, lui ? Ce n’est même pas certain. Son film n’est pas simple à regarder. On ne rentre pas tant que ça dans l’intimité des personnages. Si on se contente d’observer les évènements d’un œil neutre, sans éprouver d’empathie particulière pour ces hommes et ces femmes, on se sent tout de même concerné parce que leurs relations font parfois écho à notre vécu.

Un bon jeu d’acteur, une mise en scène réfléchie, quelques dialogues vraiment drôles et une agréable bande-son : il ne tient qu’à vous de faire preuve d’assez de curiosité pour vous laisser séduire par ce film.

Jani Deblaine

 

THE LOBSTER (Grèce, Royaume-Uni, Irlande, Pays-Bas, France, 2015), un film de Yorgos Lanthimos, avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Léa Seydoux, John C. Reilly, Ariane Labed, Angeliki Papoulia, Ben Wishaw. Durée : 118 minutes. Sortie en France le 28 octobre 2015.