THE MIDNIGHT AFTER, l’outrage de Fruit Chan à David Bowie

En festival, il arrive parfois qu’un élément de la horde des séries Z et autres projets improbables dont regorgent les allées du Marché du film échappe à la surveillance de tous, et parvienne à se glisser au sein d’une des sélections officielles qui servent de vitrine de l’événement. Le plan Vigipirate écarlate doit alors être déclenché, et une cellule de crise de gestion des troubles post-traumatiques ouverte de toute urgence, car le public se retrouve alors exposé sans y être préparé à une forme de cinéma mutante et hautement agressive. Les séquelles potentielles sont terribles.

The midnight after fait partie de ces objets scélérats, inqualifiables. Pourtant, son réalisateur Fruit Chan bénéficie (bénéficiait) d’une cote certaine – et méritée – auprès des cinéphiles occidentaux, grâce à de beaux films tels que Made in Hong Kong et Nouvelle cuisine. Mais il semble qu’il faille se résoudre à une triste réalité, que Chan est si peu prophète en son pays qu’il en est réduit à réaliser des produits de consommation, sans autre valeur que commerciale, pour pouvoir continuer à tourner. Celui qui nous intéresse (peu) aujourd’hui n’y va pas de main morte, au contraire il pousse à fond les manettes de l’hystérie, de l’outrance, de l’ineptie. Le ton est donné dès le générique, aux effets non seulement laids mais en plus cheap et datés. 99,9% des spectateurs du monde non chinois en seront d’ores et déjà effarés, affligés, et le resteront jusqu’au bout. Les 0,1% restants, qui ont eu la « chance » d’avoir déjà croisé la route de ce cinéma hongkongais à destination exclusive du public hongkongais, trouveront que rien n’y a vraiment changé depuis dix ou vingt ans, et le voile de nostalgie incongrue liée au souvenir de la découverte de cette sous-culture leur permettra de supporter un peu mieux que les autres l’épreuve du visionnage.

Un spectacle de foire mis en boîte le plus vite possible, où les acteurs cachetonnent et cabotinent à tout va, où la cohérence narrative n’intéresse personne, où les emprunts grossiers à des modèles de renom (La guerre des mondes, Lost) s’empilent de façon anarchique. 

Car, oui, il existe des hérésies hongkongaises bien pires. Celle-ci, par exemple. Cela n’excuse pas ce que nous inflige The midnight after, mais l’explique. C’est un représentant, doté d’un peu plus de moyens que la moyenne, de ce cinéma – spectacle de foire mis en boîte le plus vite possible, où les acteurs cachetonnent et cabotinent à tout va, où la cohérence narrative n’intéresse personne, et où les emprunts grossiers à des modèles de renom (La guerre des mondes, Lost, ce genre de chose) s’empilent de façon anarchique, sans goût ni valeur. On atteint donc doublement la série Z, pour l’aspect nanar mais aussi parce que cette dernière lettre est la seule à subsister quand on a dévoré tout le reste de l’alphabet. Le summum de la boucherie étant atteint lors de l’une des deux scènes WTF du semblant de récit (l’autre étant une démonstration de vengeance populaire où le film abandonne soudain toute velléité de simplement divertir, ne gardant que sa face rance qui s’exprime aussi dans sa xénophobie anti-japonais et coréens). Le morceau Space Oddity de Bowie s’y trouve martyrisé dans des proportions indescriptibles. Vu que l’on condamne maintenant des gens à de la prison ferme pour maltraitance de chatons, Fruit Chan devrait se méfier si d’aventure on l’invite dans le futur à venir présenter dans un festival français sa création tueuse de chansons.

THE MIDNIGHT AFTER (Hong Kong, 2014), un film de Fruit Chan, avec Simon Yam, Lam Suet, Wong You-nam, Kara Hui… Durée : 124 min. Sortie en France indéterminée.