CELUI QUE NOUS LAISSERONS de Caetano Gotardo

Le réalisateur brésilien Caetano Gotardo dresse le portrait du chagrin de trois mères séparées de leur fils, en un film choral qui aurait gagné à être un peu mieux ou un peu moins chanté.

Trois segments, trois drames, forment le triste triangle de Ce que nous laisserons, qui représente le malheur avec sobriété avant de verser dans le mélodrame chanté lors de chaque conclusion. Autant dire que le résultat n’est pas des plus équilibrés, avec une distance pudique qui finit par sembler aussi artificielle qu’une mise en scène de comédie musicale, et des chansons que la composition monotone ne rend pas inoubliables. Il y avait pourtant quelque chose de la tragédie grecque à travers ces scènes systématiquement conclues par un passage chanté venant expliquer les événements précédents. Mais les Grecs connaissaient déjà les histoires qu’ils voyaient représentées; ici, la mise en scène est trop sibylline, et les chansons, aux paroles souvent peu inspirées, laissent au mieux décontenancé (la mère poussant la chansonnette pour expliquer aux policiers que son fils n’était pas seulement un pédophile, mais beaucoup plus), au pire ennuyé (la litanie de verbes à l’infinitif pour résumer la vie d’une mère malheureuse). Si l’on passe sur une poignées de métaphores trop attendues pour faire mouche, on reconnaîtra cependant une jolie tendance à la contemplation, produisant à plusieurs reprises un effet d’audace au milieu d’un montage par ailleurs assez tranquille.

Trois plans fixes, étirés, épousent soudainement le point de vue d’un personnage, donnant l’illusion que l’on est à sa place pour mieux laisser mesurer ce qui nous en sépare. D’abord un cygne noir, puis un bébé, enfin un adolescent qui écoutent une conversation. De la même manière qu’un personnage se demande ce qui passe par la tête des cygnes noirs qu’il fixe, on est amené à se demander ce qui passe par la sienne, au moment où il les fixe. Il faudrait du coup revoir le film, redécouvrir ces plans en connaissant la chute, tout en sachant d’où vient le pouvoir de fascination de ce cygne, de ce bébé, de cet adolescent. On ne vous garantit pas de le faire…

CELUI QUE NOUS LAISSERONS (O que so move, Brésil, 2012), un film de Caetano Gotardo avec Cida Moreira, Andrea Marquee, Fernanda Vianna, Wandré Gouveia. Durée : 97 min. Sortie en France le 2 octobre 2013.