CAPTIVE de Brillante Mendoza

Arlésienne des festivals depuis plus d’un an, jusqu’à être annoncé « film-surprise » de la dernière Mostra de Venise par erreur dans certains médias, Captive de Brillante Mendoza avec Isabelle Huppert a finalement été dévoilé à Berlin. Un périple nerveux, indomptable en apparence, maîtrisé en profondeur, digne successeur de Tirador et de Kinatay.

La mise en scène de Brillante Mendoza, faite de mouvements amples, de déplacement serpentins, de plan-séquences inviolables, est parfaitement reconnaissable. Avec Captive, le cinéaste philippin parvient à la fois à marquer une rupture avec son langage narratif usuel et à synthétiser l’essence de son filmage. La respiration est différente, plus haletante. En soi, le choix se révèle idéal pour traduire viscéralement le ressenti de ses personnages, touristes étrangers aux Philippines, pris en otages en 2011 par un groupe de terroristes islamistes.

Le découpage diffère, le souffle est plus court. Mais le chemin arpenté, lui, rappelle les voyages passés d’autres héros ordinaires de Mendoza. Captive reprend la structure cyclique et unitaire de Lola et de Kinatay et, tout autant, il convoque les spirales sans fin dans lesquelles se perdaient les ados ardents de Serbis et de Tirador. La boucle qui régit les deux premiers, symbole fort de crimes ordinaires et quotidiens, est ici reconduite. Le film débute par le rapt et s’achève, logiquement, par l’arrêt brutal de la prise d’otages. Seulement, la spirale infernale n’en devient pas moins l’autre forme qui intéresse Mendoza. Les journées se ressemblent et, à intervalles réguliers, l’armée attaque les terroristes tout en mettant en péril leurs otages. C’est par l’une de ses interventions chaotiques que prend fin le calvaire des otages survivants. Le récit ne s’achève, dès lors, non pas selon un ensemble réfléchi d’actions développées hors-champ mais de façon parfaitement arbitraire.

Dans Lola, la caméra sinueuse de Mendoza s’arrêtait à plusieurs reprises sur des écrans de télévision, comme pour signifier que la tragédie du jour s’inscrivait dans un ensemble plus grand. A ce cadre dans le cadre succède ici un zoom dans le zoom. Captive évoque un cas de kidnapping d’un groupe terroriste islamiste parmi d’autres. Et, au coeur de leur année passée dans la jungle, les attentats du 11 septembre 2001 mentionnés à la radio ne sont qu’une autre preuve de l’éclosion d’une nouvelle puissance destructrice sans frontière. Un plan symbolise parfaitement la vision de son auteur : il filme la forêt en plongée, puis sa caméra survole les feuillages avant de trouver les otages, il zoome encore et cadre Huppert, puis zoome encore et isole finalement des fourmis sur le sol. L’histoire de Captive est presque devenue, avec le temps, celle d’un ravissement parmi d’autres : le drame matriciel qui a engendré une affolante vague d’enlèvements à but lucratif aux Philippines depuis dix ans. Mendoza déclarait en 2009 avoir réalisé le pétrifiant Kinatay pour alerter les consciences des crimes crapuleux que ses « collègues » cinéastes philippins abordent usuellement de façon triviale. Toujours aussi remonté, Brillante Mendoza continue de se battre pour son pays, caméra au poing.

CAPTIVE (France, Philippines, Allemagne, Grande-Bretagne, 2011), un film de Brillante Ma. Mendoza, avec Isabelle Huppert, Katherine Mulville, Marc Zanetta, Maria Isabel Lopez. Durée : 120 min. Sortie en France non déterminée.