LA TAUPE de Tomas Alfredson

Une « taupe » agit au sein des services secrets britanniques, et l’un des agents doit la débusquer. Au-delà du manque d’attrait pour son intrigue, c’est la facture vieillotte du thriller qui rebute.

Le générique apparait seulement au bout d’une dizaine de minutes. Typo et incrustation sont affreuses, mais les noms affichés, eux, sont alléchants. Difficile d’échouer quand l’équipe du film se compose, entre autres, du réalisateur Tomas Alfredson (auteur de Morse, dont on attendait impatiemment des nouvelles), du compositeur Alberto Iglesias (collaborateur régulier d’Almodovar) et des acteurs Gary Oldman, Colin Firth ou Toby Jones. Et pourtant, La taupe se plante.

Avant même de savoir ce que l’histoire nous réserve, les atours du film d’Alfredson refroidissent. Le grain des films d’espionnage des années 1970, le découpage à l’avenant, les musiques sirupeuses d’Iglesias : rien n’épate. Bien au contraire. Le film semble instantanément passé de mode. Les séquences se succèdent de manière maladroite et répétitive. L’enquêteur joué par Gary Oldman rencontre différents agents des services secrets pour déterrer la « taupe », et chacun de ses interrogatoires amorce systématiquement un flash-back. A l’exception de l’une de ses entrevues, qui ne correspond finalement pas à la chronologie escomptée, difficile d’être surpris par la tournure des évènements. Et lorsque l’identité du personnage infiltré est enfin dévoilée, Alfredson s’intéresse moins aux révélations ayant mené à sa capture qu’aux effets d’un épilogue trop léché et pompier pour satisfaire.

Les séquences réservées aux personnages-clés de l’intrigue offrent l’opportunité aux acteurs de tirer leur épingle du jeu, chacun leur tour. Mais la déception est de mise. Gary Oldman est pincé, livide, fantomatique. Colin Firth, sous-employé lui aussi, reconduit sans panache le mélange de flegme, de passivité et d’aigreur contenue de ses performances passées (A Single Man, Le discours d’un roi). Tom Hardy, révélation de Bronson et Inception, désole par son jeu tout en tics censés refléter son conflit intérieur suppose-t-ton : l’acteur se touche l’oreille, le nez, se gratte, renifle, etc. Possible de blâmer la direction d’acteur du suédois Alfredson. Possible aussi de déceler un manque d’intérêt des comédiens pour leurs personnages sans relief.

A défaut de captiver par sa quête du traitre ou de séduire par ses attributs esthétiques, Alfredson affirme par contre son habileté pour la mise en scène. Plusieurs saynètes relayent discrètement à l’image le propos central de La taupe : la présence d’un élément perturbateur dans un environnement balisé. Une mouche dérange successivement les différents occupants d’une voiture, un enfant joue dans un lieu hostile aux côtés d’un cadavre, une chouette entre dans une salle de classe et empêche le bon déroulement du cours ; etc. Tomas Alfredon s’amuse aussi avec la vision d’un grain de beauté (soit « mole » en anglais, ce qui signifie « taupe » au sens figuré), excroissance sur le visage d’une femme susceptible de connaitre l’identité du traître. De petits signes extérieurs d’un regard sophistiqué, malheureusement sporadiques, au coeur d’un ensemble éminemment conventionnel.

LA  TAUPE (Tinker, Tailor, Soldier, Spy, France, Grande-Bretagne, Allemagne, 2011), un film de Tomas Alfredson, avec Gary Oldman, John Hurt, Colin Firth, Toby Jones, Mark Strong. Durée : 127 min. Date de sortie en France : 8 février 2012.