BONHEUR ACADEMIE : parodie ou propagande raëlienne ?

Pour leur second long-métrage, les réalisateurs Alain Della Negra et Kaori Kinoshita s’intéressent au mouvement raëlien en faisant un détour par la fiction. Tourné à « l’université européenne du bonheur », Bonheur académie fausse ce qui aurait mérité d’être un documentaire assumé, à force de scènes improvisées qui enlèvent toute profondeur à son discours.

 

On se retrouve étrangement et de façon assez frustrante face à un mélange flou entre fiction et documentaire. Cette combinaison ne marche pas. La vision documentaire reste superficielle et la fiction est creuse et trop légère. On observe la secte Raël sans jamais rentrer dans son cœur. En choisissant entre documentaire et fiction, Bonheur académie aurait pris une autre dimension. Nous n’apprenons au final rien sur Raël, si ce n’est son message d’amour libre et de paix intérieure.

Il n’y a aucun fil conducteur. On subit le film sans comprendre où les réalisateurs veulent nous emmener ni ce qu’ils veulent nous faire découvrir. Cette immersion d’une semaine dans la secte raëllienne nous laisse en réalité à sa surface. Maladroit, et certainement en dépit de la volonté des réalisateurs, Bonheur académie prend vite des apparences de parodie. Les personnages fictifs sont caricaturaux et ne collent pas à la dimension documentaire du film rajoutant ainsi du kitch là où il n’y a pas lieu d’être, discréditant une partie de son discours. Le film est rythmé par des déclarations d’amour redondantes créant un malaise et  n’apportant rien si ce n’est du ridicule.

La question du genre dans l’idéologie de Raël est amenée d’une façon très pertinente et aurait pu être vraiment  intéressante si elle n’avait été, encore une fois, traitée de façon presque parodique.

Bonheur académie pose en plus un problème éthique à cause de sa neutralité évidente et volontaire qui pourrait le faire passer aux yeux de certains comme un film pro-raël.

Lucille Manent

 

“Della Negra et Kinoshita ne tranchent pas, choisissent d’être neutres, mais ils n’éclairent en rien leur sujet”

Une communauté dont les membres vivent en parfaite harmonie et un prophète, Raël, qui leur permet de concevoir un bonheur reposant sur trois choses essentielles de la vie : le rire, l’orgasme et la méditation. Voilà les éléments principaux de ce film, très lent, paisible, qui montre la manière dont les Raëliens vivent leur séjour estival d’une semaine au sein de « l’université européenne du bonheur ». On s’attend à une réflexion des réalisateurs sur cette minorité, mais les moments de pure fiction du film perde le spectateur. On ne voit pas où se situe le réel à cause de la façon dont les auteurs amènent ces scènes jouées. Le fait que les acteurs et les membres de la communauté raëlienne soient dans un même rythme accentue la désorientation. Della Negra et Kinoshita ne tranchent pas, choisissent d’être neutres, mais ils n’éclairent en rien leur sujet, laissant au public le soin de démêler le vrai du faux et de se faire sa propre interprétation.

On comprend néanmoins bien l’importance du rôle que joue la spiritualité dans cette communauté, ainsi que son impact sur la société en général avec, par exemple, le yoga qui compte de plus en plus de pratiquants. On assiste à des moments très drôles lors des scènes jouées par les acteurs, qui apportent de la consistance au film mais donnent une image niaise des adeptes de Raël. On sent que les réalisateurs s’efforcent d’être objectifs en ne se laissant pas aller à une lecture pro-raëlienne, mais ils n’y parviennent pas, à cause de leur parti-pris mélangeant fiction et documentaire. Filmées de manière sombre, les scènes où Raël prend la parole pour la propager à tous ses fidèles font écho à un endoctrinement nocif pour la société. Mais en voulant montrer de manière objective une communauté décriée en France, les réalisateurs ne se situent pas par rapport à leur sujet et laissent perplexe, sans matière à réflexion.

Enzo Bessega

 

BONHEUR ACADEMIE (France, 2016), un film d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita, avec Laure Calamy, Michèle Gurtner, Arnaud Fleurent-Didier, Benoît Forgeard. Durée : 70 minutes. Sortie en France indéterminée.