Neuf choses que vous ignoriez peut-être au sujet d’Alain Resnais

Le plus grand cinéaste français vivant ne l’est plus. Vivant, cela s’entend. Le plus grand, il le restera longtemps, tant son œuvre, aussi sentimentale que cérébrale, est riche. Aucun hommage ne saurait en être à la hauteur. Nous avons modestement choisi de mettre en lumière certains des aspects les moins connus de son œuvre ou de sa vie, de son invention du home cinema à son goût pour les calembours les plus sophistiqués, en passant par ce qu’il doit ou non à Kirk Douglas ou Stan Lee.

 

1. Alain Resnais a inventé le home cinema

Enfant, à Vannes, Alain Resnais transforme sa chambre en salle de projection privée. Il y montre notamment des courts-métrages de Laurel et Hardy, muets, sur lesquels il met les disques de son choix.

Quand il s’installe à Paris, dans les années 1940, Resnais fait encore mieux. Il s’équipe d’un projecteur 16 mm et d’un écran. Il installe le premier dans sa salle de bain et le second, dans le salon, et perce le mur séparant les deux pièces. Il dispose ainsi d’un vrai petit cinéma, dans lequel on n’entend pas le bruit du projecteur (l’histoire ne dit pas si les voisins, eux, étaient épargnés…).

 

2. Alain Resnais fut figurant dans Les visiteurs du soir

En 1943, il fait l’IDHEC, ancienne FEMIS, et l’acteur, ou plutôt le figurant, notamment pour Marcel Carné. En attendant de devenir, non pas acteur, ni même réalisateur, mais monteur.

 

3. Deux films d’Alain Resnais restent invisibles

En 1946, il réalise trois films en 16 mm. Deux d’entres eux sont aujourd’hui impossibles à voir : Schéma d’une identification avec Gérard Philippe (les deux hommes habitent le même immeuble) et Ouvert pour cause d’inventaire avec Danièle Delorme. Le troisième, La bague, a le mime Marcel Marceau pour interprète principal : Resnais et lui ont fait partie de la troupe de théâtre de la première armée française commandée par De Lattre de Tassigny.

 

4. Alain Resnais n’a aucune raison de porter Kirk Douglas dans son coeur

Il est le cinéaste français le plus récompensé, chez lui (Jean Vigo, Delluc, César) et dans le monde (Oscar, Ours d’argent, Lion d’Or). La Palme d’Or lui échappe toutefois en 1980. Resnais est en lice avec Mon oncle d’Amérique. Kirk Douglas préside le jury, en lieu et place de Douglas Sirk (une erreur dans le télégramme adressé par le Festival à Douglas, Kirk au lieu de Douglas Sirk). Il n’aime pas le Resnais et il veut un Américain. Ce sera All That Jazz de Bob Fosse, co-lauréat avec Kagemusha d’Akira Kurosawa. Le jury cannois se désolidarise implicitement de son président en remettant à Mon oncle d’Amérique un Grand Prix spécial du jury « à l’unanimité ».

 

5. Alain Resnais n’était plus monteur depuis 1959

Il a monté tous ses courts-métrages, mais aucun de ses longs-métrages.

Alors qu’il est issu d’une génération revendiquant le statut d’auteur unique, il n’est scénariste que d’un seul de ses longs : Mélo en 1986.

 

6. Alain Resnais a aimé très tôt la musique électronique, bien avant de choisir Mark Snow pour Cœurs

Pour la bande-son de Van Gogh (1948), il rejette l’orchestration traditionnelle et fait appel à une formation composée d’un piano, d’une batterie et de quatre ondes Martenot.

Pour Le chant du styrène (1959), Resnais demande à Pierre Barbaud de composer la musique, le premier en France à utiliser, dans les années 1960, l’ordinateur pour ses compositions musicales.

 

7. Alain Resnais n’aimait pas que Harry Dickson, mais aussi Tintin et Stan Lee

« Ce que je sais en cinéma, je l’ai autant appris par les comics que par le cinéma. Les règles du découpage et du montage sont les mêmes dans les comics qu’au cinéma. Bien avant le cinéma, les comics ont utilisé le scope et ils ont toujours pu changer de format. De même pour la couleur : ils savent l’utiliser à des fins dramatiques… ».

Enfant, Alain Resnais devient fan des aventures de Harry Dickson, imaginées par l’auteur belge Jean Ray. Il découvre ce héros en 1934 dans un kiosque à journaux de la gare de Vannes, attiré par le dessin des couvertures.

Son premier voyage à Londres, il le fait avec Harry Dickson comme guide : il va sur les lieux décrits dans ses fascicules et les photographie. Toute sa vie, Resnais cherchera à adapter Harry Dickson pour le cinéma, en vain.

Au début des années 1960, il souhaite adapter les aventures de Tintin, en particulier l’album L’île noire, dont on trouve des réminiscences graphiques dans Mon oncle d’Amérique. En vain là encore.

Dans les années 1970, Resnais a plusieurs projets avec Stan Lee, pilier de Marvel. Parmi eux, The Inmates, une histoire de race humaine tellement mal conçue – les hémisphères de leurs cerveaux ont du mal à communiquer l’un avec l’autre – qu’elle se retrouve mise en quarantaine sur Terre.

Resnais et Lee collabore en 1972 sur L’An 01, film collectif adapté d’une BD de Gébé, dont Resnais réalise un segment. Stan Lee fait la voix du speaker.

 

8. Alain Resnais était le roi du calembour

Dans Toute la mémoire du monde (1956), le livre qui tient le rôle principal de ce documentaire est un livre imaginaire des éditions du Seuil et de la collection de guides de voyages « Petite planète », dirigée justement par Chris Marker, déjà grand complice de Resnais à l’époque. Le livre porte sur sa couverture le mot « mars » écrit en grand : c’est le « livre de mars » qui sonne comme le « lièvre de mars », l’animal que rencontre Alice au pays des merveilles.

Le chant du styrène, lui, joue sur sa proximité avec le chant des sirènes.

Dans Hiroshima mon amour (1959), il est question d’un amour mort à Nevers (un mort à Nevers, Nevers mort) qui devient un « jamais plus » (nevermore) pour le japonais.

Le titre L’amour à mort (1984) joue avec la rime entre « mort » en français et « amor », « amour » en espagnol.

Cœurs (2006) contient l’un des plus subtils calembours de l’œuvre de Resnais, visuel. A ses fondus-enchaînés, le cinéaste superpose des images de flocons dans l’air et créé des « fondus à la neige ».

 

9. Alain Resnais aimait les chats

On doit à son scénariste Jacques Sternberg et à lui la plus belle déclaration sur la grandeur des chats, dans Je t’aime, je t’aime (1968). Et ce, même si le compagnon de voyage du héros est une souris blanche.