UNE ANNEE 2011 DE FESTIVALS (2ème partie)

Découverts lors de manifestations modestes ou durant les trois grandes quinzaines que sont Cannes, Venise et Berlin, les films de festivals vus en 2011 regorgent des scènes surprenantes, de répliques cultes, d’images folles. Voici la seconde partie des «moments» qui ont le plus marqué notre rédaction…

Une histoire d‘amour ?

Christophe : Celle entre le buveur de sang de VAMPIRE de Shunji Iwai (Berlin) et l’une de ses victimes consentantes, la douce et diaphane Ladybird. Une histoire d’amour littéralement en apesanteur.

Hendy : Dans THE FUTURE, présenté à Berlin, Miranda July pense l’amour comme une succession de petits temps, tantôt figés tel l’amour mort de 2 DAYS IN PARIS de sa presque homonyme Julie Delpy, tantôt fuyants comme chez Kaufman (ETERNAL SUNSHINE et SYNECDOCHE, NEW YORK surtout). Sublime.

Nathan: Maïwenn et Joey Starr : ce qu’il y a de plus vrai et de plus lumineux dans POLISSE (Cannes).

Petit aperçu de l’idylle fragile de VAMPIRE :

Un baiser ?

Christophe : Celui entre Adam Sandler et Paz Vega dans SPANGLISH de James L. Brooks, film repris à La Roche-sur-Yon. Coeur avec les mains.

Hendy : Dans l’ascenseur de DRIVE (Cannes), ce doux baiser doré, l’unique échangé par le «Driver» et sa bien-aimée. Après qu’il a massacré le troisième occupant de la cabine, l’arrière-goût de sang dans leurs bouches n’a rien de désagréable.

Nathan : Le jeune VAMPIRE de Shunji Iwai qui suce la plaie d’une jeune femme attaquée par une sangsue. La scène la plus sensuelle du film.

Un fantasme ?

Christophe : Un vrai, à tous les sens du terme : le rêve érotique en ouverture de L’EXERCICE DE L’ETAT de Pierre Schöller. Une femme nue, un décorum à la EYES WIDE SHUT et un crocodile : que demande le peuple ?

Hendy : Pour les hommes et les femmes qui aiment les femmes : Jessica Chastain, partout, tout le temps. Pour les femmes et les hommes qui aiment les hommes : Ryan Gosling, partout, tout le temps.

Nathan : Paz Vega dans SPANGLISH de James L. Brooks.

Une scène chaude ?

Christophe : L’habillage/déshabillage de Juno Temple dans le dos de ce pervers de Matthew McConaughey alias KILLER JOE, dans le film éponyme de William Friedkin, en compétition à Venise. Il ne regarde pas, mais il donne ses ordres d’une voix feutrée et ferme, les oreilles aux aguets, à l’avant-plan, pendant que derrière lui Juno s’exécute.

Hendy : Objectivement, c’est une scène érotique mais reste la moins excitante de tous les temps : dans HORS SATAN, vu au Certain Regard de Cannes, le héros pénètre maladroitement un clone féminin de Beigbeder qui finira par régurgiter sa semence par la bouche.

Nathan : A Cannes… Kirsten Dunst, seins nus qui s’offre à MELANCHOLIA, comme si elle était dans le DRACULA de Coppola.

Un prix d’interprétation génitale ?

Christophe : Michael Fassbender. Easy.

Hendy : Malgré le pénis inversé de Méphistophélès dans le Lion d’or FAUST d’Alexandre Sokourov (Venise), Michael Fassbender remporte la distinction. Dans SHAME, vu à Venise aussi, ça dépasse… même de dos. Trop fort.

Nathan : Pas vu l’engin de Fassbender, ni de face, ni de dos, ni aucun entre engin d’ailleurs.

Une bande-son ?

Christophe : Une bande-son, c’est-à-dire ? Autre que DRIVE ? De Kavinsky à College, tout est si parfait que le film semble n’exister que pour mettre en images ses morceaux. Et en plus, ils ont du sens.

Hendy : Ce ne fut pas la plus grande année d’Alexandre Desplat, et pourtant il l’a encore survolé avec une aisance folle. THE TREE OF LIFE, CARNAGE, LES MARCHES DU POUVOIR… Oui, imbattable Desplat, comme tous les ans.

Nathan : Le jazz funk du roman-porno ASSAULT ! JACK THE RIPPER, découvert aux 3 Continents de Nantes. Tarantino n’a pas encore jeté son dévolu dessus. Pas encore…

Un gueuleton ?

Christophe : Le banquet du mariage dans MELANCHOLIA, avec le savoureux Udo Kier mettant sa main devant ses yeux pour ne pas voir cette mariée qui lui gâche sa fête.

Hendy : Comment pourrait-on oublier les patates du CHEVAL DE TURIN de Béla Tarr (Berlin) ? A moult reprises, ce drôle de clone de Daniel Day-Lewis, en mal peigné et de mauvais poil, les dévore bouillantes.

Nathan : PATER (Cannes). Lindon et Cavalier parlent cuisine, politique et s’en mettent plein la gueule.

Un coup de théâtre ?

Christophe : Au coeur de LA PIEL QUE HABITO se trouve le twist le plus improbable vu depuis longtemps, très difficile à anticiper pour qui n’aurait pas lu MYGALE, le livre de Jonquet dont est tiré le film. Le Dr Frankenstein n’a qu’à bien se tenir.

Hendy : Il y a bien sûr celui de LA PIEL QUE HABITO, si puissant qu’il fit hésiter Almodovar quant à présenter son film en festival avant sa sortie dans les salles espagnoles. Tout aussi mémorable et intervenant lui aussi à mi-parcours : celui de NIGHT FISHING, beau court de Park Chan-Wook vu à Berlin et à Deauville Asia.

Nathan : La fin de THE WOMAN (Strasbourg), ou quand l’horreur logée au coeur d’une famille américaine moyenne explose enfin.

Les 6 premières minutes de NIGHT FISHING. C’est déjà beaucoup, mais ne dévoile rien encore…

Une scène gore ?

Christophe : « Et tu tapes, tapes, tapes, c’est ta façon d’aimer » : DRIVE et ses caboches défoncées à la mano.

Hendy : Les rotations de caméra ajoutant au vertige, l’ahurissant massacre dans le taxi de J’AI RENCONTRE LE DIABLE de Kim Jee-Woon (Deauville Asia).

Nathan : Le dernier quart-d’heure de THE WOMAN : c’est THE DESCENT à la surface, en plein jour et en famille.

Une bonne surprise ?

Christophe : LES CRIMES DE SNOWTOWN, c’est une première demi-heure poisseuse et misérabiliste qui donne envie de quitter la salle, puis une longue montée en puissance, intense et effrayante. La relation entre un adolescent et le type qui sort avec sa mère, le pire serial killer qu’ait connu l’Australie. Il y a des corps dans des baignoires, mais ils ne prennent pas de bain, ça non…

Hendy : Vu à Venise dont il repartit avec un Prix du meilleur scénario amplement mérité, ALPS est un pic pour le tandem Yorgos Lanthimos (réalisateur) / Athina Rachel Tsangari (productrice). Après CANINE et ATTENBERG, il était inespéré de trouver tant de tendresse dans leur nouvel essai. Et pourtant…

Nathan : L’ayant déjà mentionné plusieurs fois ci-dessus, ça n’a plus rien d’étonnant… THE WOMAN de Lucky McKee.

Une découverte ?

Christophe : Noboru Tanaka et son MARCHE SEXUEL DES FILLES, un roman-porno découvert en copie neuve 35 mm au Festival des 3 Continents. Du Pasolini, du Bunuel, du Larry Clark et de sublimes contrejours en noir et blanc. Même une masturbation avec du sashimi y devient un grand moment de poésie.

Hendy : Ou plusieurs. De grands débuts pour Katsuya Tomita avec SAUDADE (Montgolfière d’or aux 3 Continents), Djinn Carrénard avec DONOMA (Cannes, ACID) et Sivaroj Kongsakul et son ETERNITY, qui reçut le Lotus d’or à Deauville Asia… en espérant que la récompense lui assure une prochaine sortie salles. Son prédécesseur, le remarquable JUDGE de Liu Jie, étant d’ailleurs toujours inédit à ce jour.

Nathan : Le magnifique VAMPIRE de Shunji Iwai, à ce jour toujours sans distributeur en France. C’est une manie ? Dans son cas, une injustice, surtout…

Une rencontre ?

Christophe : Bertrand Bonello au festival de La Roche-sur-Yon pour un entretien hors promo et à tête reposée, notamment sur son rôle de programmateur invité.

Hendy : Sivaroj Kongsakul, l’auteur d’ETERNITY. C’est un bonheur lorsque l’interview glisse naturellement vers la simple discussion, douce et paisible, à l’image de son beau film.

Nathan : Monsieur George A. Romero au Festival du Film Fantastique de Strasbourg.

Un souvenir ?

Christophe : Celui de la maison close, forcément. L’APOLLONIDE, entêtant comme une bouffée d’opium (du moins suppose-t-on)…

Hendy : Celui de la projection-catastrophe de PEOPLE MOUNTAIN PEOPLE SEA de Cai Shangjun à Venise, avec (un petit) début d’incendie, foule en fuite, film stoppé puis reprenant une demi-heure plus tard sur une scène de viol sous les hués d’une partie de l’assistance. Dingue… Un plus beau souvenir – toujours avec Cai Shangjun dans l’assistance, d’ailleurs ! – est celui du «Benshi» aux 3 Continents : un film muet, narré sur scène par une grande dame nommée Midori Sawato. Double émotion au bout du compte, pour la scène finale déchirante de JIROKICHI THE RAT de Daisuke Ito et pour l’ovation réservée à la comédienne.

Nathan : James L. Brooks, invité d’honneur à La Roche-sur-Yon. L’homme qui donnait envie d’être meilleur.

Un film qui hante ?

Christophe : PEOPLE MOUNTAIN PEOPLE SEA même si deux visions sont nécessaires à certains pour éprouver le vertige à l’oeuvre, celui d’un cinéaste qui se tient au bord du précipice des enfers.

Hendy : Présenté à la Semaine de la Critique cannoise, WALK AWAY RENEE de Jonathan Caouette. Après TARNATION, allait-il réussir à nous intéresser de nouveau à ses doutes, ses peurs, ses home movies, à la singulière relation qu’il entretient avec sa mère ? Pari réussi, en bifurquant pourtant vers une direction inattendue : de la SF pure et dure !

Nathan : L’odyssée PEOPLE MOUNTAIN, PEOPLE SEA et sa dernière partie anthracite. Le film chinois le plus costaud de l’année, avec BLACK BLOOD (Rotterdam).

Un film, tout court ?

Christophe : D.R.I.V.E.

Hendy : Impossible de répondre COMMENT SAVOIR de James L. Brooks puisque découvert en salles en janvier, soit plusieurs mois avant sa reprise à La Roche-sur-Yon. L’autre chef d’oeuvre de l’année n’estautre que la Palme d’or, THE TREE OF LIFE de Terrence Malick.

Nathan : MELANCHOLIA.

Pour ceux qui douteraient encore que Nicolas Winding Refn ait mérité son Prix de la mise en scène à Cannes, revoir encore et encore la scène d’ouverture de DRIVE :

Un réalisateur ?

Christophe : La formation de l’univers comme si vous y étiez, c’est TERRENCE MALICK qui nous l’a offerte. Sa seule ambition justifierait sa place en cet endroit, mais comme en plus le résultat, d’abord déroutant, puis sublime, est à la hauteur… ça touche au génie.

Hendy : Disparu il y a dix ans cette année, Shinji Somai, le maître du grand Kiyoshi Kurosawa, a vu cette année trois de ses films présentés en France : TYPHOON CLUB et THE CATCH à Paris Cinéma puis LOVE HOTEL aux 3 Continents de Nantes. Et ce, en attendant une rétrospective intégrale à la Cinémathèque Française… Ce n’est pas prévu ? Oh, ne vous en faites pas, je m’en charge.

Nathan : Cai Shangjun, l’homme derrière les enfers de PEOPLE MOUNTAIN, PEOPLE SEA.

Un festival ?

Christophe : Celui de Cannes, forcément : une édition d’anthologie comme on en voit tous les dix ans ou à peu près. Non seulement les grands noms n’ont pas déçu, mais les plus discrets ont en plus tiré leur épingle du jeu.

Hendy : Cannes est souvent imbattable. Cette année, malgré une formidable édition vénitienne, la Croisette a rayonné comme jamais.

Nathan : Cannes, parce qu’on y a trouvé l’essentiel du cinéma de cette année 2011.

Cannes, plus fort que tous cette année. Pour le souvenir, parmi tous les petits filous qui filment le « pré-roll » des films en sélection officielle sur la Croisette, celui-ci a fait du bon boulot…

Vous pouvez lire ici la première partie de notre bilan de l’année 2011 des festivals.