Envoyé spécial…au Festival des Images de Mer

Chaque année, début novembre, se déroule à Marseille le FMISM : Festival Mondial de l’Image Sous-Marine. Créé en 1973, ce festival est l’occasion de parler océan, écologie, vie marine et moins cinéma qu’imagerie, ce qui permet d’aborder également la photographie. Si vous demandez aux aficionados, Marseille serait « le Cannes » du documentaire sous-marin. Le directeur de ce festival, Philippe Vallette, est également co-fondateur et directeur de l’aquarium Nausicaà, à Boulogne-sur-Mer, où se tient donc, depuis 24 ans et pendant quelques jours, une petite « succursale » du Festival International : le Festival des Images de Mer. La vitre d’aquarium, sœur de l’écran de cinéma ?

Boulogne n’est d’ailleurs pas le seul à accueillir ces relais de l’événement marseillais puisque Strasbourg ou Neuchâtel organisent eux aussi ces « festivals de l’image sous-marine », qui constituent, dans le fond, un genre de festival à eux tous seuls – sorte de « tournée mondiale » du festival de Marseille. A Boulogne, ce week-end de Pâques, c’était donc l’occasion de s’immerger un peu dans le bain marseillais – mais côté ch’ti. La ville est belle dans le brouillard, sympathique une fois baignée de soleil ; près de la jetée et de l’entrée du port, sur le lieu de l’ancien Casino, se tient la structure blanche de Nausicaà (nymphe homérique et verlan de Casino, oui).

Si l’on exclut les très longs métrages documentaires et en plan-séquence proposés par les vitrages de l’aquarium, le format de prédilection est clairement le documentaire court (à écouter les spécialistes, il semble même que les télés ne demandent plus que du 26 minutes, jamais du 52). Qu’il s’agisse d’une émission de « Thalassa » ou d’un épisode de « C’est pas Sorcier », dans le fond, le format des reportages est le même. S’il ne viendrait à l’idée de personne de parler de la valeur artistique d’émissions de télé, celles-ci gagnent en intérêt dès lors que l’on se penche sur la valeur de leurs « images marines ». Par exemple, le court reportage consacré à Frédéric Buyle, apnéiste photographe, ainsi que la petite masterclass organisée autour de son dernier ouvrage (douze personnes dans la médiathèque, un samedi matin : on se sent comme à la maison et le petit dej est offert) permettaient d’en apprendre beaucoup sur l’avenir du documentaire animalier.

Le documentaire de l’avenir réintroduit l’homme auprès de l’animal, non pas pour rappeler sa différence ou sa suprématie, mais simplement faire tomber la barrière du sauvage.

GREAT WHITE SHARK 3D de Luke Cresswell et Steve McNicholasFrédéric Buyle sera en effet à l’affiche de Great White Shark 3D, de Luke Cresswell et Steve McNicholas, qui devrait être projeté en IMAX à la Géode d’ici l’année prochaine (et narré par Bill Nighy). Il y sera question de révéler de gros méchants squales en taille réelle et en relief, mais aussi de relever le challenge cinématographique qui consiste à saisir des images valables d’animaux sur des outils à 10 000 dollars les deux minutes (des caméras IMAX 3D sous-marines). L’autre intérêt, raconte Frédéric Buyle, tient à la forme du documentaire : jusqu’à présent, il s’agissait de montrer les animaux dans leur milieu naturel. Le documentaire de l’avenir, assure-t-il, réintroduit l’homme auprès de l’animal, non pas pour rappeler sa différence ou sa suprématie, mais simplement faire tomber la barrière du sauvage : c’est, par exemple, ce qui se produisait dans Océans, de Jacques Perrin, où un plongeur (François Sarano) nage tranquillement aux côtés du carcharodon carcharias des Dents de la Mer.

Dans Great White Shark 3D, la nage sans cage se généralise et les images de l’apnéiste au milieu des prédateurs démontent patiemment, plan par plan, le mythe du requin mangeur d’hommes. Un documentaire sur les cachalots et les orques est en préparation, selon le même principe : l’apnéiste est au milieu des animaux… et ne se fait pas bouffer. En matière de documentaire du futur, on pourrait même imaginer cette scène racontée par le plongeur le matin de la masterclass, qui assista un jour, aux Açores, à la naissance d’un cachalot. Jamais aucune naissance de baleine n’a été enregistrée par aucun appareil, nulle part, même sur YouTube. Buyle, d’ailleurs, doute de la nécessité de le faire. Sur place ce jour-là, en tout cas, il voit la mère présenter le nouveau-né à tous les membres du groupe… humain compris. Avec une caméra IMAX 3D sur place, vous aviez les images du docu animalier de 2040, qui, soulignant la relation humain/animal, contribue à démystifier le sauvage.

Au Festival des Images de la Mer, on trouvait une véritable esthétique de l’image marine – des plans de vague se gonflant longuement, occupant tout l’écran.

Le vendredi soir, on fêtait les 40 ans de Thalassa. L’émission, consacrée aux tempêtes, est un véritable blockbuster : dix équipes disséminées sur le littoral français, des caméras dans des hélicos lâchés en plein ouragan (il paraît que les caméramen adorent), et une véritable esthétique de l’image marine – ces plans de vague se gonflant longuement, occupant tout l’écran, distillaient même un peu d’abstrait dans le reportage télé, qui, pour le coup, gagnait à être vu sur grand écran. Même chose avec les nombreux plans de pare-brise éclaboussés : si la vitre fait la taille de l’écran de cinéma, l’ambiance n’est pas la même. Pour plus d’infos sur l’imagerie sous-marine, il faudra jeter un œil au Cannes de Marseille ; en attendant, on ne poussera pas le vice jusqu’à critiquer le « C’est pas Sorcier » sur les méduses – quoique la méduse, véritable éponge à lumière, soit l’un des objets les plus cinématographiques qui soient. Demandez à James Cameron, si vous ne voulez pas nous croire.

Le 24e Festival des Images de Mer s’est déroulé du 2 au 6 avril 2015