Les Rendez-vous d’Accreds : CARRÉ 35, en présence de son réalisateur Éric Caravaca

Accréds vous accueille au Luminor Hôtel de Ville (Paris, 4e) le lundi 27 novembre à 20h, pour une séance du bouleversant documentaire Carré 35 d’Éric Caravaca en présence de son réalisateur.

Carré 35 est un film qui file vite, comme une urgence, comme une nouvelle. Il part de la révélation d’une lignée de mensonges entretenant la douleur qui leur a donnés vie ; et trouve une voie pour faire émerger la vérité, et avec elle une réconciliation des êtres avec leur histoire. Cette quête prend tout d’abord la forme classique d’une enquête documentaire – Éric Caravaca traque dans les éléments concrets qu’il a à sa disposition (un livret de famille, des visas sur des passeports, des recherches internet) des indices quant au destin réel de Christine, sa sœur aînée morte à trois ans, qu’il n’a jamais connue et dont ses parents lui ont caché l’existence jusqu’à l’âge adulte1.

Mais rapidement Carré 35 prend un virage imprévu, et captivant. Caravaca retrouve la tombe de sa sœur dans un cimetière à Casablanca, mais la photographie laissée en souvenir sur celle-ci a disparu. Le réalisateur va compenser cette image manquante par un afflux d’autres images, via un mouvement de va-et-vient à la fois vertigineux et bouleversant entre archives intimes et globales. L’histoire de la famille Caravaca, faite d’expatriations successives d’Espagne au Maroc, puis en Algérie, enfin en France métropolitaine, croise en effet les grandes histoires du siècle passé : les exils forcés pour fuir la misère, la violence extrême de la colonisation puis des tentatives de répression de la décolonisation, et même l’eugénisme pratiqué entre autres par les nazis. Tout cela fait follement sens à l’écran, car le refoulement de la mémoire pratiqué par la mère du cinéaste recoupe la culture de l’oubli forcé imposée par les mensonges des récits officiels des pays, tentant d’imposer une norme unique et impérieuse2.

Carré 35 révèle des vérités majeures, allant bien au-delà du cadre initial de son enquête. Que la grande histoire ne nous est pas étrangère, car elle est la somme de toutes nos histoires ; que la mémoire trouve le moyen de rester en nous malgré tout, obstinément ; et que pour réconcilier les deux, l’histoire et sa mémoire, nous disposons avec le cinéma d’un instrument magique. Les images qu’il enregistre et transmet ramènent les gens à la vie, et la mémoire à la surface. Carré 35 en est la preuve vivante, vibrante, jusque dans le choix évident qui commande son final : une fois l’image de Christine retrouvée, il n’y aura plus besoin de mots pour clore le film.

Rendez-vous le lundi 27 novembre à 20h au Luminor Hôtel de Ville (20 rue du Temple, 75004 Paris – Métro : Hôtel de Ville) pour la projection du film, suivie d’une rencontre avec le réalisateur Éric Caravaca.

Réservation possible sur le site du Luminor Hôtel de Ville au prix de 9 euros l’entrée. Les cartes UGC Illimité et Le Pass sont acceptées.

CARRÉ 35 (France, 2017), un film de Éric Caravaca. Durée : 67 minutes. Sortie en France le 1er novembre 2017.

 

1 Plus loin dans le film, la mère de Caravaca affirme avoir tenu à apprendre à ses enfants à ne pas mentir, tout en leur mentant elle-même – les parents espèrent toujours que leurs enfants feront mieux qu’eux

2 Le parcours projeté par les parents de Caravaca semble d’ailleurs avoir été guidé par le désir de satisfaire à une norme, de devenir de « vrais » français « normaux »