LES COMBATTANTS, le début de l’amour et la fin du monde

La conquête amoureuse d’un post-adolescent endeuillé, les prophéties d’une guerrière qui attend l’apocalypse de pied ferme. Révélation de la Quinzaine des Réalisateurs 2014, Les Combattants ne fait aucune différence entre le début de l’amour et la fin du monde, et se déplace avec réussite de genre en genre (sexué, cinématographique).

Il n’y a guère que deux façons de se battre : contre quelqu’un ou à ses côtés. Les Combattants choisit d’abord la première option. Arnaud et Madeleine, les deux personnages principaux, font connaissance en s’affrontant sur une plage. Arnaud tombe sur plus fort que lui. Ce combat n’est pas une dispute qui aurait dégénéré. Il s’agit d’une épreuve, d’un passage obligé pour intégrer l’Armée de Terre (corps de métier qui a installé ses bureaux sur le front de mer et sert de décor au deuxième acte guerrier du film). Ce qui n’empêche pas Madeleine d’avoir une dent contre Arnaud qui la mord pour sortir de son emprise. Cette lâcheté dit surtout le peu d’intérêt qu’il porte à l’art de la guerre.

Madeleine, qui a le corps sculptural d’Adèle Haenel, met plus de cœur à l’ouvrage – et des coups de boule quand la situation s’impose. Elle ne vit que pour la survie et se prépare à la fin du monde. La grande idée du premier long-métrage de Thomas Cailley est de donner corps à cette croyance survivaliste, à la manière de Take Shelter qui est tout entier avec Curtis LaForche et ses visions cauchemardesques. C’est d’ailleurs un abri fabriqué par Arnaud et son frère qui réunit à nouveau les futurs amants ; suite au décès de leur père, tous deux reprennent l’entreprise familiale spécialisée dans le bois. L’achat d’un cercueil se révèle être une arnaque, surtout pour des connaisseurs. Les fils le confectionnent eux-mêmes. Une merveilleuse bande-son électro accompagne leurs gestes. On ne peut pas donner à entendre pareille musique et rester chevillé à la chronique, au naturalisme. Les Combattants s’ouvre à d’autres mondes.

Viser plus loin que certains lieux communs de la comédie romantique classique, et plus loin que cette belle idée que la prédestination et le mariage « arrangé » doivent le céder au mariage d’âme et d’amour.

LES COMBATTANTS de Thomas CailleyLe premier long métrage de Thomas Cailley applique la technique de la « double visualisation » que deux sympathiques militaires enseignent à Arnaud. Pour renverser l’adversaire, il faut viser légèrement au-delà. Pour Cailley, cela veut dire dans un premier temps viser plus loin que certains lieux communs (sexistes d’après Cailley) de la comédie romantique classique, et plus loin que cette belle idée (progressiste pour le coup) que la prédestination et le mariage « arrangé » (par l’histoire, par le montage et ses mises en parallèle, par le destin) doivent le céder au mariage d’âme et d’amour. Les Combattants en arrive au même point mais en suivant son propre parcours.  Sa cible est émouvante. C’est l’union tant attendue des personnages, le moment où IL va la conquérir, le moment où ELLE va rendre les armes, baisser la garde.

Les Combattants va voir ailleurs si le combat y est ; dans l’espace sauvage, dans la forêt des genres hollywoodiens, dans le boot camp movie façon Full Metal Jacket ou, pour ne pas passer sous silence le caractère « genré » du film, façon Starship Troopers avec ses soldats hommes et femmes mélangés.

Au-delà de la cible, il y a d’autres genres cinématographiques que la comédie sentimentale estivale – qui est par ailleurs une vraie réussite. Il y a quelque chose d’américain chez cette bande de potes qui s’ennuient et lancent des vannes mortelles  (« C’est pas de l’incruste. Personne ne nous a dit de pas venir »). On ne serait pas étonné de voir Cailley s’essayer un jour à la pure comédie. Les Combattants va voir ailleurs si le combat y est ; dans l’espace sauvage, dans la forêt des genres hollywoodiens, dans le boot camp movie façon Full Metal Jacket ou, pour ne pas passer sous silence le caractère « genré » du film et rester dans la science-fiction, façon Starship Troopers avec ses soldats hommes et femmes mélangés.

L’au-delà de la cible, c’est encore le monde, sa fin probable, prochaine. Quand Arnaud et Madeleine cessent d’être dans le combat, les éléments y mettent du leur, se déchaînent, la catastrophe pointe le bout de son nez. « Le début de l’amour, c’est la fin du monde » pour reprendre la belle formule d’Alain Badiou. Deux scènes en témoignent. Dans la première, Madeleine commence à se laisser attendrir par Arnaud et accepte qu’il la conduise au bureau de recrutement de l’armée. Résultat : l’abri qu’il construit pour ses parents est détruit par une tempête. Dans la deuxième, ils sont en tenue de soldat et désertent le régiment pour vivre en Adam et Eve. Surprise : le village dans lequel ils cherchent du secours est désert, la forêt qui les entoure s’embrase. A cause d’un mégot de cigarette, explique prosaïquement le frère d’Arnaud. Ou parce que le bois s’est mis à brûler de lui-même, se plaît à penser Arnaud, plus mystique, visant au-delà de la cible.

LES COMBATTANTS (France, 2014), un film de Thomas Cailley, avec Adèle Haenel, Kévin Azaïs. Durée : 98 minutes. Sortie en France le 20 août 2014.