Les 10 immanquables de Venise 2012

Par le - Dernière mise à jour le | 53 commentaires | ArticlesVenise • Articles veniseVenise | Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Le nouveau sélectionneur de la Mostra, Alberto Barbera, a limité le nombre de films pour sa première édition. Une soixantaine de long-métrages à voir en 10 jours ? Le défi n’en reste pas moins impossible à relever. Alors des choix se dessinent, et quelques visionnages s’imposent d’emblée. Voici notre sélection des 10 immanquables de Venise.


THE MASTER de Paul Thomas Anderson (Compétition)

En l’espace de quelques jours, courant août, le film le plus attendu de la rentrée festivalière a perdu un peu de sa saveur. Les films en compétition à Venise sont usuellement des avant-premières mondiales, mais ce ne sera pas le cas pour The Master. Le nouveau P.T Anderson, cinq ans après There will be blood, a déjà été présenté à Santa Monica (projection surprise dans la foulée d’une reprise de Shining) et à Chicago. Une largesse de la part d’Alberto Barbera, nouveau directeur artistique de la Mostra, que les festivaliers les plus cléments lui pardonneront. Les autres pourront le regretter, voire y déceler le début d’une relation privilégiée, comme celle de Wong Kar-wai avec Thierry Frémeaux, par exemple ; c’est bien connu, le programmateur de Cannes ne saurait résister à projeter tout ce que le réalisateur hongkongais pourrait lui délivrer (film inachevé, film de vacances, diapositives, présentation Power Point). Au sujet de The Master, les premiers échos – c’est triste, il y en a donc déjà – sont dithyrambiques. Venise sera le première étape d’envergure pour PTA et sa course aux Oscars. La société de production Annapurna Pictures, aussi derrière Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, pourrait bien frapper un grand coup le 24 février prochain.



PASSION de Brian De Palma (Compétition)

La compétition officielle dévoilera le très attendu, et non moins redouté, remake de Crime d’amour par Brian De Palma. Le film noir d’Alain Corneau était fade, parfaitement invraisemblable (reposant sur l’inexplicable naïveté de certains personnages) et jamais sensuel. Sans doute, cette version aura plus de style. Un scénario plus bétonné, chacun peut aussi l’espérer. Après, c’est essentiellement une question d’affect, mais troquer Ludivine Sagnier et Kristin Scott Thomas dans son énième rôle de femme froide et manipulatrice, contre Noomi Rapace et Rachel McAdams, c’est une perspective rassurante. Pour compléter la distribution, De Palma a engagé un comédien nommé « Paul Anderson » ; cette année, un tel nom au générique, c’est presque une assurance de repartir de Venise avec une récompense dans sa valise.


SPRING BREAKERS de Harmony Korine (Compétition)

Depuis son mémorable premier long (Gummo, 1997), Harmony Korine vogue entre projets personnels singuliers et long-métrages de studio plus classiques. Comme Soderbergh ? Comme Gus Van Sant ? Pas vraiment, non. Chez Korine, un film classique raconte l’histoire d’une île peuplée de sosies de célébrités, entrecoupée de visions de nonnes qui sautent à vélo depuis des hélicoptères, sous l’oeil de Werner Herzog (Mister Lonely, 2007). Une création plus singulière prend la forme du Dogme #6 Julien Donkey-Boy (1999) ou de son dernier film en date, Trash Humpers (2009), odyssée morbide de trois pervers octogénaires, pour un résultat glaçant et un simulacre de captation vidéo enfin pleinement convaincant. Avec James Franco, Vanessa Hudgens et Selena Gomez au casting, Spring Breakers s’inscrit a priori dans la veine « normale » du prodige californien. Les guillemets restent de rigueur puisque les premières images du film donne l’impression d’un improbable mélange de son Trash Humpers, de Point Break et de la saga vidéo Girls Gone Wild.



TO THE WONDER de Terrence Malick (Compétition)

Voilà le type de film que le festivalier vénitien aime à découvrir pendant la Mostra : celui à propos duquel les informations ne filtrent peu, celui sans images dévoilées au préalable, celui qui demeure mystérieux jusqu’à la dernière seconde, quand les lumières s’éteignent et que le spectacle commence. Le mois dernier, nous vous le présentions comme le possible Two lovers de la Mostra 2012. Rien n’a changé. Il s’agit, comme cela avait été le cas pour James Gray en 2008, d’un retour précipité derrière la caméra (quinze mois après sa Palme d’or, The Tree of life) et d’une romance comparable : deux amis d’enfance se retrouvent, dans la ville qui les a vus grandir, des années après s’être perdus de vue. Autre information, on y parlerait à la fois anglais, français, russe, italien et espagnol. Une certitude persiste : le très discret Terrence Malick ne sera pas la star la plus facile à croiser sur le Lido. En 2010, Vincent Gallo s’était déjà fait remarquer par sa discrétion : invisible lors des projections officielles de son Promises written in water, il était toutefois possible de tomber sur lui, accompagné d’une demi-douzaine de jeunes filles, dans une buvette du quartier vénitien. Les fans des Moissons du ciel et du Nouveau Monde y consomment déjà leurs ristretti.



LA PORTE DU PARADIS de Michael Cimino et PORCHERIE de Pier Paolo Pasolini (Venice Classics)

Événement majeur de la section Venice Classics : La porte du Paradis sera projeté en version restaurée, dans son montage le plus long (219 minutes) et en présence de son réalisateur, le très rare Michael Cimino. A l’exception des cinéphiles équipés de magnétoscopes NTSC et heureux possesseurs de la VHS du film éditée dans les années 1980, peu de fans peuvent se vanter d’avoir déjà vu le film dans son intégralité. Les portes du Paradis reste notamment célèbre pour avoir causé à lui seul la faillite de United Artists. Cette projection exceptionnelle, renforcée par une sortie DVD / Blu Ray chez le prestigieux éditeur américain Criterion fin novembre, a des allures de réhabilitation ultime pour le chef d’œuvre maudit de Cimino. La section Venice Classics frappera un second grand coup avec la présentation de Porcherie de Pier Paolo Pasolini. Le 31 août prochain, soit 43 ans et 1 jour après sa présentation initiale à la Mostra de Venise où il reçut un accueil catastrophique, le film-choc et chéri de son auteur se verra offrir une seconde chance.



SHARK de Kimble Rendall (Hors Compétition)

Après Des serpents dans l’avion, découvrez Un requin chez Monop’. Ce sera la pause récréative de cette édition 2012, qu’aucun festivalier ne devrait bouder. Ce que promet Shark, c’est un survival entre les allées d’un supermarché inondé, au sein duquel sévit un requin. Autrement dit, une occasion unique de laisser reposer ses méninges pendant 90 minutes. Une heure et demi sans s’évertuer à retenir les noms et les postes des yakuzas de Outrage : Beyond de Takeshi Kitano, sans chercher à interpréter le sens émanant des délicats mouvements de caméra de Manoel De Oliveira dans Gebo et l’ombre, et sans aucun risque se froisser un synapse en refoulant ses a priori moraux face à Paradis : Foi d’Ulrich Seidl. Dans le meilleur des cas, Shark pourrait réussir à faire fusionner Les dents de la mer (Steven Spielberg, 1975) et The Mist (Frank Darabont, 2007). La barre est haute… mais si Rendall sombre dans le grand n’importe quoi, il pourra toujours arguer qu’il tentait un « jumping the shark ».




SHOKUZAI de Kiyoshi Kurosawa (Hors Compétition)

Pour qui reçoit les chaînes japonaises et pour qui parle couramment la langue nationale, Shokuzai n’a rien d’une œuvre exclusive. La mini-série de Kiyoshi Kurosawa a été diffusée en janvier dernier sur la chaîne câblée Wowow. Venise lui offre l’opportunité d’une diffusion unique sur grand écran, confortablement calée Hors Compétition. Premier épisode : une fillette est tuée, quatre camarades de classe ont vu l’assassin, mais aucune ne parle. La mère les maudit et, quinze ans plus tard, aucun n’a su faire pénitence. Chacun des quatre premiers épisodes s’attache successivement à l’une des adolescentes, quand l’épilogue apportera in fine un nouvel éclairage à l’ensemble. Un programme de près de cinq heures, parfait pour patienter avant le retour de Kurosawa au long-métrage de cinéma : il s’agira de Riaru, film de science-fiction prévu pour juin 2013.



THREE SISTERS de Wang Bing (Orizzonti)

La dernière que fois que Wang Bing est venu à Venise, il n’était pas là. Officiellement, il n’était pas là : c’était en 2010, et son long-métrage de fiction, Le fossé, était le film-surprise de la sélection. La tradition veut que la Mostra propose chaque année un film en compétition, sans ne jamais l’annoncer officiellement. Sous la présidence de Marco Müller, la case fut souvent réservée à des films chinois indépendants et contestataires (l’an passé, le sublime People Mountain People Sea de Cai Shangjun), une stratégie visant à limiter les risques que le gouvernement ne puisse empêcher leur projection. Cette année, Wang Bing est inscrit sur tous les listings, et présentera son documentaire Three sisters dans la section Orizzonti. Un petit film de trois heures, soit trois fois moins qu’A l’ouest des rails (2004), film-fleuve sur la désindustrialisation du Shenyang, élu parmi les 10 meilleurs films des années 2000 par les Cahiers du cinéma. Three sisters est un documentaire sur trois jeunes sœurs vivant seules dans les montagnes du Yunnan, bientôt confrontées au retour de leur père.



KISS OF THE DAMNED de Xan Cassavetes (Semaine de la critique)

Avec ce premier long-métrage, Xan Cassavetes, fille de John Cassavetes et Gena Rowlands, a deux chemins qui s’offrent à elle : emboiter le pas de Sofia Coppola (Lion d’or à Venise en 2010 avec Somewhere) ou suivre les destins moins glorieux de Jennifer Lynch (fille de David, réalisatrice de Surveillance) et d’Ami Canaan Mann (fille de Michael, réalisatrice de Killing Fields, en Compétition à Venise l’an passé, oublié de tous aujourd’hui). Elle peut aussi, et ce serait l’idéal, faire oublier cette filiation et séduire naturellement les festivaliers avec son film de vampires. Hypothèse rêvée : pour son Kiss of the damned, la réalisatrice novice se serait inspirée du génial et toujours inédit Vampire de Shunji Iwai, cinéaste qu’elle a potentiellement croisé sur le tournage de New York : I love you en 2009. Qui sait.

Si le segment de New York : I love you sur lequel a travaillé Xan Cassavetes n’avait rien de mémorable, le court de Shunji Iwai était nettement supérieur à tous les autres. A voir ou revoir ci-dessous :



En guise de bonus du bonus : n’hésitez pas non plus à jeter un œil à la bande-annonce de Vampire, dans l’attente d’une éventuelle sortie française.


À propos de l'auteur

Hendy Bicaise

Passé : rédacteur pour Palmarès, Versus, Cinéastes - Présent : co-fondateur d'Accreds.fr et pigiste pour Vodkaster.com - Futur : ailier droit de l'ASSE

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53 commentaires

  1. @Accreds (1 year ago)

    L’événement du jour à #venezia69 : SPRING BREAKERS d’Harmony Korine, avec Hudgens et J. Franco en projo presse ce soir http://t.co/MHYGAsX7

  2. @serrafine (1 year ago)

    Les 10 immanquables de Venise 2012: http://t.co/yJHVQzJ9

  3. Hendy Bicaise (@hendiike) (1 year ago)

    PTA ? Malick ? De Palma ? Kitano ? Merad ? RT @Accreds Les 10 immanquables de Venise 2012 http://t.co/ekXyaGtk

  4. @ChrisBeney (1 year ago)

    De quoi lire en attendant l’ouverture de #venezia69 RT @Accreds: Les 10 immanquables de Venise 2012 http://t.co/VrOxNliQ

  5. @Accreds (1 year ago)

    Les 10 immanquables de Venise 2012 http://t.co/9o6GRzmW