PIEGEE de Steven Soderbergh

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Comme à Venise avec Contagion, Steven Soderbergh a dévoilé à Berlin, hors compétition, l’un des plus gros morceaux du festival, toutes sections confondues. Son époustouflant Piégée doit autant au monde du jeu vidéo qu’aux séquenciers des meilleurs films de Kung Fu. Une bombe.

Durant l’une des premières grandes plages de Piégée, les personnages de Gina Carano et de Michael Fassbender, agents secrets en mission, réservent une nuit d’hôtel. L’établissement se nomme « Shelbourne Hotel ». Ce qui n’est peut-être pas anodin. Soderbergh inscrit à l’image la preuve qu’il est conscient des reproches que chacun pourrait, et pu, faire à l’encontre de son film. « Shell », c’est la « coquille » et « Bourne » convoque « Jason ». Une partie de la critique américaine, et plus encore du public, a reproché à Piégée de n’être qu’un avatar de la saga Jason Bourne, et tout autant de n’être qu’une « coquille vide » du fait de son scénario succinct et de ses longues séquences muettes. Soderbergh n’avait évidemment pas attendu ces quelques fines bouches pour se rendre compte que son récit était minimaliste. Un parti-pris qui n’empêche pas Piégée d’être une petite bombe, un concentré de pure mise en scène comme le furent par le passé de grands films noirs tels The Mission de Johnnie To (1999) ou, plus récemment, Drive de Nicolas Winding Refn (2011).

Pour donner une idée de la substance du film d’action de Soderbergh, il faut se remémorer le premier combat de Kill Bill Vol. 1 de Quentin Tarantino (2003). La mariée, alias « Black Mamba » retrouve chez elle son ancienne camarade criminelle, Vernita Green. S’en suit un combat à mains nues puis armes blanches d’une violence folle, où chaque coup porté résonne comme une déflagration, où chaque blessure compte et doit être pansée. Piégée, c’est le fight « Black Mamba vs Vernita Green », sur plus d’une heure et demie. Soderbergh agence une demi-douzaine de combats, corps à corps, sans musique, en temps réel. Le résultat est ébouriffant et, face à cette déferlante de coups, la salle ne peut refréner quelques mouvements réflexes à l’unisson. L’orchestration des bagarres, course-poursuites, passages dialogués et scènes d’accalmie rappellent les constructions narratives des meilleurs films de Kung Fu. Steven Soderbergh a seulement décalé d’un temps les musiques de son film : les compositions ne recouvrent pas les combats mais se déversent en différé, lors des montages en épisodes qui suivent et alimentent les quelques lignes de son intrigue. Avec ou sans mélodie, Soderbergh ne manque pas d’insuffler une tension supplémentaire dans l’échappée de son héroïne, piégée par son agence, contrainte de s’innocenter. Il faut tendre l’oreille et apprécier l’utilisation de ces gimmicks sonores : une sonnerie de téléphone intégrée à l’une des couches musicales ou, quelques minutes plus tard, le signal sonore croissant d’un passage piéton pour rythmer un duel à distance avec l’un de ses poursuivants.

Un « bip-bip » graduel alors que la mort guète le personnage… Parmi tous les codes du jeu vidéo redistribués ici par Soderbergh, celui-ci reste toutefois le moins discernable. La majorité des séquences de Piégée témoignent d’une assimilation exceptionnelle de l’imagerie vidéoludique post-2000. Le film alterne des scènes de combat avec un personnage contre différents ennemis dans des cadres changeants (bar, hôtel, plage, villa) avec des phases d’action/aventure au filmage tantôt subjectif, tantôt à la troisième personne et contre-plongée. Des scènes qui évoquent forcément Grand Theft Auto (2001) mais, plus encore, pour son environnement, de The Getaway (2002). Pour mémoire, ce dernier jeu avait été principalement attaqué pour sa piètre maniabilité. Ici réside le dernier atout de Piégée : malgré les réactions épidermiques qu’il peut provoquer en raison de son ultra-réaliste ultra-violence, c’est confortablement assis au fond de son fauteuil que chacun assiste à l’avancée, tableau par tableau, d’une héroïne qui ringardise Lara Croft en deux trempes et trois mouvements de reins.

PIEGEE (Haywire, Etats-Unis, 2011), un film de Steven Soderbergh avec Gina Carano, Michael Fassbender, Channing Tatum, Ewan McGregor, Antonio Banderas, Michael Douglas. Durée : 93 min. Date de sortie en France : le 11 juillet 2012.

Bonus 1 :

Pour le souvenir, et pour vous préparer au choc Haywire, voici le premier Chapitre du premier Kill Bill.

 

Bonus 2 :

Quant au jeu vidéo The Getaway (PlayStation 2, Brendan McNamara, 2002), voici l’une de ses missions :

À propos de l'auteur

Hendy Bicaise

Passé : rédacteur pour Palmarès, Versus, Cinéastes - Présent : co-fondateur d'Accreds.fr et pigiste pour Vodkaster.com - Futur : ailier droit de l'ASSE

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