La revue de presse de Cannes 2012

Vous allez à Cannes et vous avez besoin de lecture ? Vous n’allez pas à Cannes et vous avez besoin de lecture ? Vous n’allez pas à Cannes et vous n’avez pas besoin de lecture ? Peu importe. De la presse féminine à la presse cinéma, nous avons potassé pour vous tous les magazines évoquant de près ou de loin le Festival de Cannes 2012. Le résultat est là et c’est un pas de géant pour le journalisme d’investigation.

 

 

LE X-MAN : TELERAMA (n° 3252, semaine du 12 au 18 mai 2012)

Une seule et unique mention de Cannes dans l’édito, mais une interview de Marion Cotillard qui fait la couv’ sous l’appellation « d’actrice mutante ». Sur la photo, on peut même distinguer la silhouette du photographe dans ses pupilles tellement elle est mutante.

L’EXTRA NON-CANNOIS : Un pour et contre sur Dark Shadows de Tim Burton. Dommage qu’ils n’aient pas gardé seulement le contre.

 

 

 

 

LE COTILLARD GLAM : ELLE (n° 3463, semaine du 11 mai 2012)

Marion Cotillard en couverture. Le bleu-vert de ses yeux accordé à l’accroche “stupéfiante Marion : son film choc nous bouleverse”. Le fuchsia de sa veste accordée au nom du magazine. C’est beau. A l’intérieur, c’est beau aussi : Marion en robe frou-frou rouge et talons Dior, Marion mordillant la branche de lunettes de soleil Dior, Marion en chemise et chaussures Dior. Beau comme de la publi-information.

L’EXTRA NON-CANNOIS : Masturbez-vous ! Enquête et témoignages. Très insuffisamment illustrés.

 

 

 

 

 

LE COTILLARD FATIGUÉE : OBSESSION (n° 2, mai 2012)

Le supplément du Nouvel Observateur mise sur une Marion brute de décoffrage, avec les yeux légèrement rougis (elle joue dans un film triste), les paupières à peine sombre (elle joue dans un film noir) et une mèche de cheveux en travers du visage (elle joue dans un film où il y a du vent). Un cliché de Jean-Baptiste Mondino pour lequel l’actrice a été d’abord maquillée puis démaquillée, afin d’arriver “à cette vérité qui n’est pas inquisitrice”. “Oh Marion !” crie l’édito qui ne lui crie pas dessus parce qu’elle a oublié d’acheter le fromage, mais parce que “cette actrice est une énigme”. On n’a pas bien compris le lien entre le titre et l’idée… On a bien saisi en revanche que Marion Cotillard avait tourné le film d’Audiard en loucedé, pour ne pas se mettre à dos Hollywood. Elle l’explique dans une interview qui en précède une autre, celle de Wes Anderson qui révèle qu’à douze ans il écoutant beaucoup Breakfast in America de Supertramp.

L’EXTRA NON-CANNOIS : Les derniers jours d’une First Lady, portfolio consternant d’une prétendue mannequine first lady qui promène à oilpé son caniche géant ou joue aux échecs avec lui. Valérie Trierweiller a dû bien rendre son petit-déjeuner en voyant ça.

 

 

 

 

LE FAIL : GLAMOUR (n° 99 juin 2012)

Glamour cache bien son jeu. Pas de Cannes en couverture, mais des accroches définitives que ne renieraient pas des profs de philo en mal de sujets pour le bac, telles “Je t’aime donc je fouine”. A l’intérieur pourtant, une dizaine de pages sur le sujet, allant du grand n’importe quoi au très grand n’importe quoi. Cannes 2012 : le gang des cinéfilles n’est pas consacré aux femmes cinéastes sur la Croisette cette année – vu que leur nombre est tout petit, on commence à la savoir – mais à celles passées précédemment… ainsi qu’à Julie Delpy, dont on cherche encore le lien direct avec Cannes, en tant que réalisatrice. Pour le très grand n’importe quoi, il faut aller chercher du côté du Baromètre de Cannes, où l’on découvre, ravi, que Prometheus est le deuxième film le plus attendu du Festival. On est méchant, mais il faut avouer que même s’il fallait respecter le délai de bouclage, Glamour aurait pu miser sur un meilleur cheval.

Marion Cotillard étant déjà prise ailleurs, c’est Matthias Schoenaerts qui s’y colle pour la promo de De rouille et d’os, avec une interview on-se-tutoie-car-c’est-le-ton-de-la-confidence, dans laquelle Matt le belge avoue ne pas être drôle, aime le foot et la peinture, a appris qu’il avait décroché le rôle du Audiard d’abord par la costumière, et que, “oui, absolument”, il a aussi besoin d’une femme pour tout organiser dans sa vie.

L’EXTRA NON-CANNOIS : “Shoppez solidaire !” avec Katie Holmes, ambassadrice d’une collection Tommy Hilfiger destinée à venir en aide à l’Afrique. La collection en question évite les motifs léopards, c’est déjà ça de gagner.

 

 

 

 

LE CONTREPIED : NEXT (n° 44)

Libération n’aime pas faire comme tout le monde. Voilà son supplément avec Juliette Binoche en couverture à la place de Marion Cotillard. Heureusement, la photo est floue, et en noir et blanc, alors sur un malentendu – ou un mal vu – ça peut marcher. A l’intérieur, par contre, ça balance. On ne mâche pas ses mots, on brise les tabous : “Juliette Binoche est une immense actrice”. Première phrase d’un chapeau avant une accroche balancée comme un SCUD : “Est-il difficile d’être Juliette Binoche ?”. Autant l’avouer, notre lecture s’est arrêtée là, et nous sommes rabattus comme des lâches sur une valeur sûre, le Data Buzz, le Festival de Cannes en chiffres et en lettres. Et confirmation que les marches du palais sont bien au nombre de 24.

L’EXTRA NON-CANNOIS : Basiques instincts, une rencontre passionnante avec Claude Forest, sur les “stratégies d’occupation des fauteuils dans les salles de cinéma”, le choix des places par les spectateurs, l’effet du taux d’occupation sur ses réactions, etc.

 

 

 

 

L’ABONDANCE : LE FIGARO (vendredi 11 et samedi 12 mai 2012)

Le Fig’Mag’, pour les intimes, fait simple et précis avec sa liste des “10 films qui vont marquer le Festival de Cannes”. Uniquement des films en lice pour la Palme d’Or – nous sommes dans un généraliste, ne l’oublions pas – avec évidemment De rouille et d’os, du Resnais, du Brad Pitt, du Pattinson et de la Kidman pour The Paperboy, le nouveau film du réalisateur de Precious. Pour l’attendre autant celui-là, c’est que le Fi’Ma’, pour les très intimes, n’a pas dû voir Precious

Madame Figaro, elle, trouve les femmes que le Festival n’a pas trouvées – running gag, on ne s’en lasse pas. Le magasine s’ouvre sur une double page de pub Dior avec miss Cotillard, ce qui n’est rien à côté de THE coup : l’édito écrit par Thierry Frémaux en personne, ou quelqu’un qui lui ressemble énormément et qui ferait le même travail. “A Cannes, il y aura…” raconte le délégué général du Festival, une anaphore – on a bien retenu le terme depuis le “Moi, président de la république” de François Hollande – annonçant quelques-unes des belles choses prévues sur la Croisette. Belle ironie, c’est Thierry Frémaux, un homme un vrai, qui vole la vedette à Elise Domenach, auteure d’une page intitulée Le cinéma des femmes, ainsi qu’à Karole Rocher et sa séance photo, mais heureusement pas aux femmes « esthètes d’affiches » qui réinterprètent certaines… affiches de films. D’où le titre.

L’EXTRA NON-CANNOIS : tellement de Cannes dans le Fig’ Mad’ qu’on ne s’attarde même pas sur le portfolio de Milla Jovovich jouant – Originalité, j’oublie ton nom ! – les Marilyn Monroe, pour feuilleter le Playboy US où Lindsay Lohan faisait la même chose, avec moins de vêtements.

 

 

 

 

L’INFORMÉ : LES CAHIERS DU CINEMA (n° 678, mai 2012)

Cosmopolis et Moonrise Kingdom y sont déjà chroniqués, Cronenberg et Wes Anderson déjà interviewés, tout comme Denis Lavant (Holly Motors), Yousry Nasrallah (Après la bataille), Charles Tesson et Edouard Waintrop, respectivement délégués généraux de la Semaine de la Critique et de la Quinzaine. Plus besoin d’aller à Cannes après ça. Sauf pour voir Marion Cotillard.

L’EXTRA NON-CANNOIS : plutôt que la tribune s’en prenant pour partie à Drive, on remarque L’art de la VOSTF, article consacré à la pratique largement ignorée du sous-titrage et à ses difficultés.

 

 

 

 

LE FILOU : GRAZIA (n° 139, semaine du 11 au 17 mai 2012)

“Rumeurs, buzz, potins… J-5 avant Cannes” nous promet-on en couv’. A l’intérieur, trois malheureuses pages, petit format en plus, sur le baromètre des rumeurs, avec quand même Marion Cottilard. Attention, toute vanne concernant la montée des marches de l’orque de De rouille et d’os est à proscrire, puisque que Grazia en a la primeure.

L’EXTRA NON-CANNOIS : il y a du non-cannois, oui. De l’extra…

 

 

 

 

LE SPECIAL : PREMIERE (n° 423, mai 2012)

“Spécial Cannes”, c’est écrit dessus et à Première, on n’aime pas trop mentir. L’affiche du Festival y est évoquée, Cosmopolis y est chroniqué, et De rouille et d’os y est porté aux nues, puisque les cinq rédacteurs qui l’ont vu lui mettent quatre étoiles. Evidemment, Marion Cotillard est interviewée, mais ce qui attire le plus le regard, c’est la séance photo de Robert Pattinson en hommage à l’œuvre de Cronenberg, dirigée par Eliot Lee Hazel. Roro en double façon Faux semblants ou avec une béance dans le ventre façon Videodrome, ça vaut le coup d’œil.

L’EXTRA NON-CANNOIS : pas facile, Cannes est partout dans ce très bon numéro. Même l’offre d’abonnement spéciale Cannes, avec le DVD de L’amour dure trois ans. On attendra donc la fin du Festival et une nouvelle proposition pour s’abonner.

 

 

 

 

LE DÉCALÉ : POSITIF (n° 615, mai 2012)

La vénérable revue n’a jamais cherché à être la plus réactive, et ce n’est pas maintenant que ça va changer. Rien sur Cannes 2012 ou presque. Un presque d’une petite vingtaine de pages consacrées à Vous n’avez encore rien vu et à Resnais, avec notamment un entretien avec le maître par François Thomas. Dans lequel il n’est pas question de Marion Cotillard.

L’EXTRA NON-CANNOIS : l’autocélébration des soixante ans de Positif, sur onze pages pas très instructives certes, mais il faut bien marquer le coup. Les lecteurs fidèles se souviendront que la revue avait fêté ses cinquante ans notamment en éditant un recueil d’articles sur Resnais. Non, décidément, l’amour dure plus de trois ans.

 

 

CADEAU BONUS : THE HOLLYWOOD REPORTER qui fait sa couv’ sur une actrice française encore méconnue