AITA de Jose-Maria de Orbe

Aïta ou la lente visite d’une maison familiale à l’abandon. Au croisement du documentaire et du cinéma expérimental, le film de Jose Maria de Orbe ressemble à une opération sous anesthésie générale. On entre dans un corps mis en sommeil. On en sort avec le sentiment d’avoir arrêté de vivre. Une oeuvre organique et fascinante.

La lumière, c’est la vie. Le cinéma, c’est la lumière. Le jour, la clarté entre trop peu dans la maison abandonnée de Aïta, unique décor filmé de fond en comble, mais la nuit, la vieille bâtisse familiale s’anime d’une drôle de vie argentique. Sur les murs délabrés sont projetés des films dont on ne connaît ni la nature ni la provenance (stock personnel du cinéaste, films de famille, found footage…). Simple projection ? Pour Jose-Maria de Orbe, les choses sont plus organiques que cela ; à l’image du lierre qui s’agrippe à la façade extérieure. Les parois ont un cerveau, une mémoire. Elles se souviennent. Mais de quoi ? Des anciens, sûrement. Des morts enterrés sous les fondations, ces enfants non baptisés dont on retrouve les os au début du film ; peut-être.

Avant d’insuffler cette vie fantomatique parallèle, De Orbe joue au jeu d’un certain cinéma documentaire et montre l’extrême solitude du lieu, son silence de mort. Seuls deux personnes visitent ce qui servit de forteresse lors des luttes de clans au 13e siècle : un prêtre qui y raconte des histoires à dormir debout (l’ouïe, explique-t-il, est le dernier sens qui nous reste après avoir rendu l’âme – les morts nous entendent parler d’eux au moment où ils nous quittent) et un gardien qui dit être poursuivi par une lumière blanche aveuglante chaque fois qu’il pénètre dans la maison. Cette présence humaine se fait si rare qu’on en vient à s’identifier aux murs, aux pièces vides, à un édifice plongé dans la pénombre, bloc d’inanimé, tombeau sans cadavre. Etrange, glaçante sensation que celle d’avoir été mort pendant plus d’une heure et de ne même pas s’en être rendu compte.

 

AITA (Espagne, 2010), un film de Jose-Maria de Orbe, avec Luis Pescador, Mikel Goenaga. Durée : 85 min. Sortie en France non déterminée.